Une calculette carbone pour les bibliothèques

La commission Bibliothèques Vertes de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) a le plaisir de vous annoncer qu’un nouvel outil sera bientôt disponible pour aider les bibliothécaires et leurs collectivités à mesurer l’empreinte carbone des bibliothèques. Adèle Hébert, membre de la commission Bibliothèques Vertes, a participé à la réalisation de cet outil. Elle présente aujourd’hui les objectifs, la démarche et le contenu de cette calculette carbone pour les bibliothèques, qui sera bientôt mise à disposition de la communauté professionnelle.

Pourquoi une calculette carbone pour les bibliothèques ?

Ce projet s’inscrit dans une démarche globale de lutte contre le changement climatique via l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (notamment le dioxyde de carbone).

A l’échelle internationale, l’objectif de l’Accord de Paris, signé en 2015 par 196 Parties (195 pays et l’Union Européenne), consiste à limiter le réchauffement climatique en-dessous de 2°, et si possible à 1,5 °C, d’ici la fin du siècle, par rapport à l’ère préindustrielle. Au-delà, les scientifiques prévoient la perte irréversible de certains écosystèmes et l’amplification des phénomènes de catastrophes naturelles.

Pour traduire cet objectif, la France a adopté une Stratégie nationale bas-carbone (SNBC) qui donne une feuille de route pour atteindre la neutralité carbone en 2050. Les émissions de gaz à effet de serre et leur absorption par les puits de carbone sont mesurées et leurs évolutions sont particulièrement suivies.

Dans ce contexte, le ministère de la Culture a pour mission d’accompagner l’ensemble des établissements et des acteurs culturels vers une diminution de leurs émissions de gaz à effet de serre. Ce travail passe notamment par la mise à disposition d’outils de mesure des émissions adaptés à chaque secteur culturel. Si plusieurs calculateurs carbone ont été mis en ligne sur le site du ministère ces dernières années (pour le spectacle vivant, le cinéma, les musées… voir ici), il n’en existait pas pour les bibliothèques.

En 2025, le Ministère de la Culture, la Fédération nationale des associations de directrices et de directeurs des affaires culturelles des collectivités locales (FNADAC) et la commission “Bibliothèques vertes” de l’ABF se sont donc associés pour élaborer cette calculette carbone. Ils ont confié l’étude de faisabilité et la réalisation d’une première version à des élèves de l’Institut national des études territoriales (INET), l‘institut qui forme les cadres dirigeants des collectivités territoriales après leur réussite aux concours. Les conservateurs territoriaux de bibliothèques y sont formés pendant 18 mois. Trois élèves issus de différentes filières, se sont portés volontaires et ont préfiguré la calculette carbone des bibliothèques entre juin 2025 et mars 2026 :

Félix VANNARATH, élève administrateur territorial (à gauche sur la photo)

Adèle HEBERT, élève conservatrice territoriale des bibliothèques

Baptiste GONIN, élève ingénieur en chef territorial (à droite sur la photo)

Objectifs de l’outil

L’outil poursuit les objectifs suivants, simples et pragmatiques :

Comment cette calculette carbone a été élaborée ?

Une grande consultation a d’abord été lancée en juin 2025 pour recueillir des bilans carbone de bibliothèques territoriales. Il s’agissait d’évaluer la quantité d’établissements de lecture publique ayant réalisé un bilan carbone et de s’appuyer sur leurs résultats pour concevoir des référentiels par taille de collectivité et type d’environnement.

Focus BEGES

Le bilan des émissions de gaz à effet de serre (“BEGES”, souvent appelé “bilan carbone”) est une obligation réglementaire depuis la loi Grenelle II de 2010. Ont l’obligation de réaliser un bilan :

  • Les personnes morales de droit privé de plus de 500 salariés (et 250 en outre-mer). Le bilan doit être réalisé tous les 4 ans.
  • Les collectivités de plus de 50 000 habitants.
  • Les établissements publics de plus de 250 agents. Le bilan doit être réalisé tous les trois ans.
  • Les services de l’Etat.

Depuis 2016, il est obligatoire de le déposer sur la plateforme gérée par l’ADEME, et un contrôle doit être réalisé par les DREAL sous l’autorité du préfet.

Les bibliothèques territoriales n’ont donc pas l’obligation de réaliser un BEGES pour leurs activités propres. Leur bilan est intégré à celui, plus global, de leur collectivité territoriale (pour celles de plus de 50 000 habitants).

Sur 176 réponses, seules 6 bibliothèques territoriales avaient réalisé un bilan carbone de leurs activités :

  • La bibliothèque municipale de Neuilly-sur-Seine (bilan réalisé en collaboration avec le Shift Project pour alimenter le rapport Décarbonons la culture ! publié en 2021)
  • La bibliothèque municipale de Lyon (réalisé en interne avec un outil accessible sur https://acteursculturels.grandlyon.com/bilan-carbone)
  • La bibliothèque municipale des Izards à Toulouse (réalisé en externe)
  • La bibliothèque départementale des Côtes d’Armor (réalisé en interne)
  • La bibliothèque départementale de Loire-Atlantique (réalisé en interne)
  • La bibliothèque départementale de la Manche (réalisé en interne)

Au regard de ce faible échantillon, il n’a pas été possible de créer des référentiels carbone pour des profils-types de médiathèques. Une autre méthodologie a donc été retenue par les élèves et les commanditaires de ce travail :

  • S’appuyer sur des expériences réussies de calculateur carbone (Nos Gestes Climat, SEEDS, Calculateur de la Métropole de Lyon) ;
  • Interroger des bibliothécaires sur les bilans carbone réalisés et sur leurs attentes vis-à-vis d’un calculateur accessible à tous ;
  • Cartographier les activités principales des bibliothèques ;
  • Identifier les facteurs d’émissions de gaz à effet de serre correspondant aux activités des bibliothèques, en s’appuyant prioritairement sur la base de référence nationale (la Base Empreinte de l’ADEME), et pour quelques facteurs sur des études ou sur les facteurs d’autres calculateurs.

Ce travail a été mené en quelques mois par les élèves de l’INET et a permis d’aboutir à une première version, sous la forme d’un tableur à renseigner par les bibliothécaires. Elle a été testée en février 2026 par une trentaine de bibliothécaires, professionnels de la culture et de la transition écologique. Des ajustements ont été nécessaires pour préciser certaines données et faciliter le remplissage.

Comment fonctionne cette calculette carbone ?

Concrètement, la calculette est un formulaire à compléter avec des données de fonctionnement de la bibliothèque sur une année choisie.

Données mobilisées

Pour compléter le formulaire de calculette carbone, il est nécessaire de se munir :

  • Du rapport statistique Neoscrib de la bibliothèque sur l’année de référence choisie
  • Du budget de la bibliothèque cette même année
  • Des relevés de consommations énergétiques du bâtiment. Nous attirons votre attention sur le fait que c’est sans doute l’une des données les plus difficiles à obtenir, mais cela n’est pas impossible :
    • Si la direction des bâtiments de la collectivité n’est pas en capacité de fournir cette information, il est nécessaire d’argumenter pour la mise en place de compteurs.
    • En l’absence de données, une estimation est proposée dans la calculette.
  • De données permettant de situer la mobilité des publics, des intervenants (artistes, formateurs, animateurs, partenaires) et des agents de la bibliothèque : combien de kilomètres font-ils pour venir à la bibliothèque ? Viennent-ils plutôt avec des modes de déplacement doux comme la marche, le vélo ? Utilisent-ils les transports en commun ou une voiture individuelle ? Quelques pistes pour ces données :
    • Réaliser des enquêtes sur la mobilité des publics, comme le font déjà quelques collectivités ;
    • En l’absence de données, une estimation est proposée dans l’outil.

L’outil en pratique

  • Pour rester facile à s’approprier et adapté à toute bibliothèque territoriale, l’outil ne vise pas l’exhaustivité
  • Pour chaque activité, un coefficient multiplicateur permet d’obtenir la quantité d’émission de CO2 correspondante : par exemple,
    • 1000 livres achetés correspondent à 1100 kg de CO2 émis, dans la mesure où le facteur d’émission identifié par l’ADEME est de 1,1 kg CO2 équivalent par livre
    • 1000 films visionnés sur une plateforme numérique émettent 78,45 kg de CO2, dans la mesure où le facteur d’émission identifié par l’ADEME est de 0,05 kgCO2 équivalent par heure, et qu’on adapte ensuite le facteur d’émission à la durée moyenne des films (1h30)
  • Après avoir complété tous les champs :
    • Un bilan des émissions de CO2 est calculé par poste, pour identifier les activités les plus émettrices
    • Des recommandations sont ensuite formulées, chiffres à l’appui, pour diminuer ces émissions

Ressources pour aller plus loin

• Le ministère de la Culture met à disposition de nombreuses ressources pour accompagner la transition écologique des politiques culturelles (Guide d’orientation et d’inspiration, financements, conseils, calculateurs carbone, exemples, etc.). https://www.culture.gouv.fr/thematiques/transition-ecologique
• La FNADAC pilote le programme de formation-action Chrysalide qui vise à accompagner les collectivités territoriales dans la transition durable de leurs politiques culturelles (formation, partage, outils, expérimentation, évaluation). https://www.culture.gouv.fr/thematiques/transition-ecologique
• L’INET forme et accompagne les cadres dirigeants des collectivités territoriales en poste ou en devenir. Il propose un cycle supérieur de formation à la transition écologique et de nombreuses ressources sur ce sujet.
• La métropole du Grand Lyon a créé un outil de bilan carbone accessible aux acteurs culturels et régulièrement mis à jour. https://acteursculturels.grandlyon.com/bilan-carbone
• La Base Empreinte de l’ADEME est un outil de référence pour identifier les facteurs d’émission de gaz à effet de serre et comprendre la méthodologie du bilan carbone. https://base-empreinte.ademe.fr
• Fanny Valembois (Bureau des acclimatations), Mesurer et réduire les consommations d’énergie en bibliothèque. Electricité, chauffage : vous pouvez faire plus de choses que vous ne le pensez !, 2025
Evaluation de l’impact environnemental de la digitalisation des services culturels, rapport de l’ADEME, 2022
• Charlotte Garin, Le décret tertiaire. Concilier conservation préventive et traitement d’air au sein des espaces de conservation dans un contexte de transition énergétique. Mémoire de fin d’études, Master 2 conservation -restauration des biens culturels, 2025. https://www.icom-musees.fr/ressources/le-decret-tertiaire-conservation-preventive-et-traitement-dair

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