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Retour sur le prix IFLA bibliothèque verte 2022 : entretien avec la Médiathèque Canopée

La commission Bibliothèques Vertes vous propose, à travers le présent billet, de mettre en lumière un événement fort de l’année 2022 : le prix décerné par l’IFLA à la Médiathèque de la Canopée – la fontaine pour son projet de bibliothèque verte. Il s’agit, au-delà, du premier prix attribué, dans le cadre des Green Library Award de l’IFLA, à une bibliothèque française !

Quelques points d’éclairage avant de démarrer l’article :

  • L’IFLA, c’est la Fédération internationale des associations et institutions de bibliothèques ;
  • L’ENSULIB est la commission Environnement, Durabilité et Bibliothèques de l’IFLA (Environment, Sustainability and Libraries Section), qui a pour objectif, comme la commission Bibliothèques verts ABF mais à l’échelle internationale au sein de l’IFLA, d’encourager les bibliothécaires à inspirer leurs communautés, à adopter un mode d’action plus durable sur le plan environnemental, en outillant et valorisation les actions et démarches s’inscrivant dans cette dynamique
  • L’IFLA organise chaque année un prix intitulé le Green Library Award récompensant/valorisant des démarches vertes en bibliothèques ; ce prix international est présenté à ce lien : https://www.ifla.org/g/environment-sustainability-and-libraries/ifla-green-library-award/
  • La Médiathèque de la Canopée – la fontaine est l’un des établissements de lecture publique des bibliothèques de la Ville de Paris, localisé dans le Centre de Paris (1er arrondissement).

Sophie Bobet, responsable de la Médiathèque de la Canopée et membre de la commission Bibliothèques Vertes ABF, revient ici sur le projet présenté et le prix décerné :

Genèse du projet Bibliothèques Vertes

Dès 2018, l’équipe de la Médiathèque Canopée La Fontaine a souhaité réfléchir aux impacts de son activité sur l’environnement, en inscrivant cet axe dans le projet d’établissement et en créant un groupe de travail dédié, piloté par Alice Larmagnac.

Après avoir participé à une commission sur le thème « Culture et économie circulaire » proposée par la Direction des affaires culturelles, la médiathèque s’est lancée dans un Système de management environnemental (SME), avec l’aide d’une stagiaire en Management public, démarche qualité et risques sociétaux, Aurore Tessa. Un diagnostic sur l’impact de l’ensemble des activités a aussitôt été établi, depuis le bâtiment jusqu’à la chaîne du livre, avec pour plan d’action : une réflexion sur le tri des déchets, la plastification des documents et la seconde vie des documents.

Par ailleurs, un Guide de la bibliothèque verte a été conçu en langue française, et traduit en anglais, autour des écogestes. Le succès de ce guide, les sollicitations nombreuses pour des publications, des journées d’études, tant en France qu’à l’étranger, ont incité l’équipe à proposer un projet de communication pour le colloque de Zagreb en décembre 2021, qui a été accepté. Dès lors il ne nous restait qu’à convaincre notre chef de Bureau de l’intérêt de candidater au prix de l’IFLA. Pourquoi ? Parce qu’aucune bibliothèque française ne figurait jusque-là sur la liste des initiatives primées. Or nous avions fait le constat, au travers de nos interventions, de l’incroyable richesse des expérimentations faites par nos collègues français, trop peu connues jusque-là à notre avis.

Dossier de candidature au prix IFLA

Lorsque nous avons réalisé notre dossier de candidature, nous avons exposé notre démarche globale (management d’équipe, étude et diagnostics d’impacts, plan d’action, expérimentations – notamment sur la plastification des documents -, programmation…) en l’inscrivant dans le contexte du Plan Climat de Paris et des Objectifs de développement durables (ODD) que nous avons chacun repris en déclinant à chaque fois ce que cela représentait en termes de ressources, services, programmes d’activité et partenariats.

Ce travail de synthèse est facile à réaliser et trop souvent mésestimé car ne correspondant pas aux indicateurs habituellement demandés par nos administrations. Or, cela permet de mettre en lumière les impacts des bibliothèques dans les domaines où elles sont facilement reconnues, l’éducation tout au long de la vie par exemple, mais aussi leur rôle social prééminent, en tant que lieu ouvert à tou-t-es sans discrimination ; sans compter leur caractère innovant, par nos capacités en bibliothèque notamment, comme la pandémie l’a démontré récemment, de nous adapter à n’importe quel contexte en peu de temps.

Nous avons même eu le luxe de choisir les éléments que nous sélectionnons tant le choix était vaste. Nous avons donc mis en avant certaines initiatives qui nous semblaient refléter les divers champs d’action des bibliothèques aujourd’hui : par exemple, une initiative originale (la lutte contre la précarité menstruelle via une collecte de protections périodiques, recensée sur le site des Règles élémentaires en partenariat avec la Fabrique de la solidarité, correspondant à l’ODD 1 « Pas de pauvreté ») a pu côtoyer des actions plus classiques, comme le débat en ligne « Ecrire la pauvreté » animé par l’autrice Stéphanie Chaillou et le sociologue Bernard Lahire. Ou encore l’accueil de « Petits déjeuners solidaires » sur la trêve hivernale, avec différents acteurs culturels, en plus de l’association La Chorba ou l’Armée du Salut, à côté d’expositions comme « Les Artistes passent à table », du Ministère de la Culture (ODD2 « Lutte contre la faim »). En matière de santé (ODD3), là encore la médiathèque n’est pas en reste, proposant du portage à domicile pour les personnes âgées ou fragiles, rôle indispensable notamment lorsqu’on songe à la solitude vécue par certaines lors du confinement ! Ici également, ce type de service vient compléter un dispositif de médiation : soirée-débat sur les ravages de l’Inceste, projection-débat d’un documentaire d’Arte sur le toucher… En matière de réduction des inégalités, la Canopée en tant que pôle sourd joue un rôle incontestable : en proposant un accueil bilingue français – langue des signes française mais aussi via l’accessibilité d’une grande part de sa programmation, et au-delà, en innovant via la mise en place d’ateliers de conversation en LSF, inédits jusqu’alors.

Collecte de protections périodiques à la Médiathèque de la Canopée

Notre dossier constitué par nos soins, et mis en forme par notre Community Manager, a été envoyé au service de la Communication de la Direction des Affaires culturelles de la Ville de Paris, notre tutelle, pour validation. La confiance apportée par notre chef de Bureau, mais aussi le soutien de notre Directrice des affaires culturelles et de ses services, nous ont permis d’user d’une certaine liberté.

La Canopée en lice !

En mai 2022, nous apprenons que notre établissement figure sur la liste des candidatures à l’étude par le comité d’organisation de l’IFLA Green Library Award. C’est une magnifique nouvelle. A ce moment, nous commençons à croire en la possibilité pour nous d’obtenir ce prix, d’être lauréats pour la catégorie Projet du prix IFLA Green Library.

En juillet, nous apprenons que nous sommes dans « la short-list » des candidatures étudiées, avec nos collègues breton-nes de Tourc’h : c’est la dernière étape avant le congrès qui a lieu cette année à Cork (en Irlande)… et l’annonce à venir des résultats finaux ! Nous obtenons une mission pour nous y rendre : ma Chargée de Communication, Elisa Neuville, et moi-même, chargées de représenter l’équipe, et au-delà la Direction des Affaires culturelles et la Ville de Paris.

Retour sur le congrès IFLA

Le premier jour officiel du Congrès commence par la visite du campus et de la bibliothèque de l’UCC : University College Cork (UCC). Rappelons que Cork est la 3e ville d’Irlande, célèbre pour accueillir 21 000 étudiants chaque année. Le directeur de l’UCC nous fait découvrir sa campagne lancée en 2019 : « Love our library« , suivi d’une visite du site, inspirant pour ses expérimentations, des plus simples, comme ses fontaines à eau, aux plus complexes / onéreuses, adossées parfois à une mécanique de mécénat. Bien que située dans un parc magnifique, nos collègues de Cork font pousser du basilic et de la salade à côté de la banque de prêt de la bibliothèque, dans des installations potagères connectées, idée reprise par les lauréats de Singapour pour leur « Bibliothèque verte ».

Surtout, pendant les deux jours de congrès, nous avons pu échanger avec les autres membres de la commission Ensulib, venus du monde entier, et rencontrer nos collègues de la « short-list », issus de Belgique, d’Espagne, de Norvège, avec un petit clin d’œil pour nos deux collègues de Tourc’h venues également défendre les couleurs de la France, – comme pour l’Eurovision -, avec un projet de jardin partagé.

BiblioJette/BibJette a présenté sa Plantotek, Lier (Norvège) un projet d’aquaponie un peu fou intitulé The Fish that take root ; et la Public Library de Cali le projet The Neighborhood Path qui nous a vraiment emballées. Nous ne sommes pas les seules puisqu’ils ont eu une mention particulière assortie d’une dotation de 500 euros de la maison d’édition de Gruyter, pour leur projet original : des chaussures qui servent de pots pour les plantes, un parcours ludique dans la nature environnante, des ateliers de recyclage, de jardinage…

Photo de groupe – 7th IFLA Green Library Award 2022

Dans l’après-midi du samedi, nous avons, chacun d’entre nous, présenté notre projet en anglais, avant que les résultats ne soient proclamés. Lorsque nous avons compris que la France se voyait décerner ce Prix, nous avons pressenti que la Canopée pouvait être lauréate. C’est donc avec beaucoup d’émotion, de joie, que nous avons vu notre pressentiment se confirmer quand Harri Sahavirta, secrétaire de l’ENSULIB, a annoncé remettre le prix à la Médiathèque de la Canopée pour le projet Bibliothèques Vertes que nous avions présenté.

La remise du prix IFLA

Nous avons compris que la commission ENSULIB de l’IFLA a souhaité récompenser notre démarche globale plus que certaines de nos actions spécifiques, et notamment notre rôle d’advocacy au sein de la profession : de par la publication de notre Guide et les échanges professionnels qu’ils ont suscité au travers de journées d’études, d’articles dans la presse professionnelle…

Recevoir la consécration de nos pairs internationaux procure une immense fierté qu’il est difficile de traduire dans les mots qui suivent la remise du Prix : nous avons remercié la commission, rendu hommage à mon équipe, signé en langue des signes française pour témoigner que l’inclusion participe aussi du développement durable !

Sophie Bobet au micro, intervention signée en langue des signes

Suites

Des mentions dans la presse ont, le jour même, été publiées sur Archimag, Livres Hebdo

Notre directrice des affaires culturelles, Irène Basilis, a tenu à célébrer l’évènement à l’Hôtel d’Albret, en présence de la Secrétaire générale, Marie Villette qui a loué notre « présentation qui va bien au-delà du seul sujet environnemental avec la reprise de tous les ODD » ; Ariel Weill, Maire de Paris Centre, s’est également empressé de saluer notre engagement et relayer notre prix sur leurs réseaux.

Aujourd’hui, nous recevons des demandes du monde entier (France, Londres, Danemark, Lettonie, Taiwan…) pour des interventions – surtout en visioconférence à ce stade, mais nous aimerions aussi le cas échéant des rencontres « en vrai » – sur différents aspects de notre démarche. A l’heure où les catastrophes climatiques, mais aussi la guerre interrogent notre mode de société, ce prix vient confirmer le rôle indispensable que les bibliothèques jouent et doivent jouer dans le monde de demain.

En conclusion de ce billet qui donnait la parole à Sophie Bobet, la Commission Bibliothèques Vertes ABF se réjouit de cette présence française, avec une place de choix, dans le palmarès 2022 des prix de bibliothèques vertes IFLA. La Commission Bibliothèques Vertes ABF espère que cette excellente nouvelle pourra motiver et inspirer d’autres bibliothèques françaises à candidater à ce prix dans les années à venir!

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Pour des fêtes de fin d’année vertes avec les bibliothèques

En prévision des fêtes de fin d’année, la commission Bibliothèques Vertes ABF partage avec vous aujourd’hui un retour d’expérience sur des ateliers proposés au mois de décembre dans les bibliothèques du réseau de Rouen, en vue d’inspirer les publics pour des célébrations plus éco-responsables.

Pourquoi ?

Pourquoi programmer en bibliothèque des animations à visée écoresponsable, associées aux fêtes de fin d’année ? Ces fêtes, qui rythment nos calendriers de la fin du mois de décembre, riment avec cadeaux, emballages, et donc, aussi… consommation voire surconsommation. Les bibliothèques en tant que services publics, lieux d’échanges de savoirs mais aussi de pratiques, peuvent se faire force de proposition et source d’inspiration pour sensibiliser et initier un mouvement vers davantage de sobriété dans ces festivités, en alliant plaisir d’offrir d’une part, plaisir de faire d’autre part, et limitation, enfin, tant de la consommation que des déchets. Une alternative qui pourra d’ailleurs aussi se révéler économique, et donc contribuer à réduire la fracture sociale !

La mise en place de chaque atelier constitue en outre une nouvelle occasion tant de promouvoir les collections relevant de thématiques écologiques et/ou DIY (do it yourself, créativité) que de montrer l’engagement des bibliothèques dans une démarche de développement durable. A Rouen, une fois de plus, cette démarche est en accord avec les axes du PCSES (projet culturel, scientifique, éducatif et social) des bibliothèques et permet de répondre à plusieurs des Objectifs de Développement Durable (ODD) définis par l’ONU dans l’Agenda 2030.

Comment ?

Voici l’éventail (non exhaustif / présenté ici à titre indicatif) des activités programmées, sous la forme d’ateliers variés :

Atelier Calendrier de l’Avent : attendre le grand jour en s’amusant

En quoi consiste l’atelier ? Cet atelier parent-enfant permet de fabriquer un calendrier de l’avent qui sera réutilisable les années suivantes (support) mais aussi de réfléchir à ce qu’on y mettra (contenu). Chaque enfant fabrique le calendrier, avec l’aide de l’adulte qui l’accompagne, et le parent est invité à garnir ce calendrier de cadeaux immatériels tels que des « bons pour » : lire des histoires de Noël, fabriquer des étoiles en papier pour décorer la maison, chanter des chansons de Noël, faire un tour de manège, etc. Autrement dit, des bons pour créer et partager des moments agréables ensemble, dans l’esprit des fêtes, chaleureuses, de fin d’année ! Les adultes sont ainsi dans le même temps sensibilisés (en veillant bien à ce que le discours ne soit ni culpabilisant ni moralisateur !) à l’impact environnemental des calendriers qu’on acquiert, soit avec des chocolats non issus de commerce équitable mais de cultures où les producteurs sont exploités et emballés, soit avec des jouets eux-mêmes conditionnés dans 24 petits emballages plastique.

Comment ? Un atelier de 10 à 12 personnes (5/6 enfants chacun accompagné d’un adulte) a requis 2 agents présents simultanément pour le groupe de participants. Le modèle du calendrier à fabriquer a été décidé en amont de l’animation (vous pourrez trouver des idées dans les livres d’activités manuelles de votre bibliothèque et/ou en ligne) ; la préparation de l’atelier a aussi nécessité la réunion du matériel de customisation et de création (gommettes, masking tape, colle, ciseaux, peinture)… A Rouen, c’est le concept du calendrier contenu dans une boîte de chaussures, transformée en boîte aux lettres, qui a été repris (d’après le modèle d’Hélène et les jolis mômes

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Grande manufacture de Noël : fabriquer des cadeaux écolos !

En quoi consiste cette action ? Sur une journée, plusieurs ateliers ont été organisés dans l’ensemble des bibliothèques du réseau pour permettre aux participants de fabriquer des cadeaux à glisser sous le sapin : une animation pensée comme une alternative au marché de noël, qui se transforme en manufacture ou fabrique de cadeaux par les publics qui le souhaitent. En 2022, les participants auront ainsi le choix entre plusieurs ateliers complémentaires : créer des bocaux gourmands, décorer un sapin en forme de mini livre de potions Harry Potter, construire une dînette au crochet, fabriquer des cartes de vœux à l’encre comestible ou encore des tisanes…

Comment ? Chaque atelier mobilise 2 à 3 agents par bibliothèque + 1 à 2 intervenants extérieurs, par exemple 1 auteur/autrice qui propose un atelier suivi d’un temps de rencontre et d’échanges. En 2020, l’autrice Julie Bernier a été accueillie et a animé une rencontre et un atelier cosmétiques maison, tandis qu’en 2021, c’est l’autrice Ophélie Damblé qui est venue et a proposé un atelier décorations de Noël en impressions végétales. Un temps de travail en amont est à prévoir, pour préparer les ateliers ainsi que l’acquisition ou la récupération de matériels.

Atelier furoshiki : mieux emballer les cadeaux

Le furoshiki, c’est une technique de pliage de tissu d’origine japonaise.

En quoi consiste l’atelier ? Chaque participant⸱e vient avec un ou plusieurs cadeaux à emballer. On lui apprend comment réaliser son paquet avec un carré de tissu, selon la technique du furoshiki. Lorsque le paquet sera ouvert, au lieu d’avoir un emballage à mettre à la poubelle, le tissu sera récupéré puis réutilisé pour un prochain cadeau !

Comment ? Un atelier de 10 à 12 personnes requiert 2 agents présents simultanément pour le groupe de participants. La bibliothèque a fourni deux coupons de tissu (de 2 tailles différentes), achetés dans un magasin de couture, et les participant⸱e⸱s ont été invité⸱e⸱s à venir avec leurs propres coupons ou foulards pour emballer plusieurs cadeaux et/ou tester plusieurs nœuds. L’atelier a représenté un coût matériel (achat de tissus) d’environ 100€.

Et vous ?

Nous espérons que cet article, rédigé par Maryon Le Nagard, aura pu vous inspirer pour de nouvelles animations vertes, tout en insufflant un esprit de fête et de création dans vos établissements dès à présent.

Si vous pratiquez des animations de ce type, la commission Bibliothèques Vertes ABF est preneuse de vos retours par mail (avec une ou deux photos / liens de l’événement, si possible, à l’appui) : bibliotheques.vertes@abf.asso.fr.

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Entretien avec le Félipé

La commission Bibliothèques Vertes ABF s’est entretenue ce mois de novembre 2022 avec l’équipe du Festival du Livre de la Presse et d’Ecologie, de son petit nom Félipé, qui fête ses 20 ans cette année. A des fins d’information et de valorisation d’actions sur l’écologie du livre, nous vous restituons dans le présent billet les points saillants de cet échange. Bonne lecture et découverte des activités de cette association !

Présentation de l’association Félipé

L’équipe de l’association Festival du livre et de la presse d’écologie, très majoritairement bénévole, est composée de membres impliqués dans l’écologie, les médias d’écologie et/ou de professionnels du livre dans une acception large. Parmi ces derniers : des personnes travaillant dans le secteur de l’édition, en bibliothèques ou encore dans des actions de médiations. L’association travaille en outre avec des librairies pour l’approvisionnement en livres, des activités de médiation voire la programmation d’actions. Plus largement, elle travaille volontiers en partenariat avec des structures intéressées par les enjeux de l’écologie et du livre.

L’association poursuit trois objectifs principaux auprès de publics jeunesse comme adultes : promouvoir le livre et l’écrit ; informer, sensibiliser et éduquer à l’environnement ; présenter aux publics les différents acteurs pour un livre et une presse écologiques. Elle mène différentes actions, notamment celles-ci, selon une périodicité annuelle :

  • Le Festival du livre et de la presse d’écologie, organisé chaque année à la saison automnale et dont l’édition 2022 est présentée un peu plus loin dans cet article ;
  • Le Prix du livre jeunesse écolo, organisé avec des écoles partenaires ; en fonction de l’âge des enfants et des niveaux de classes investies, ce prix se décline en deux sélections documentaires (établies par un comité de lecture) : Graines de lecteurs pour les plus jeunes, Lecteurs en herbe pour les plus grands. Les 5-6 ouvrages proposés à la lecture par classe d’âge correspondent à des genres différents et complémentaires : il peut s’agir d’albums, de romans, de bandes dessinées… mais aussi d’ouvrages relevant de la fiction comme d’une approche documentaire. Les enfants sont invités à voter en répondant à la question suivante : « Quel est le livre qui selon vous parle le mieux d’écologie ? » et leur vote permet de récompenser le ou les auteur(s) / autrice(s) des ouvrages lauréats ; ces auteur(s) et/ou autrice(s) reçoivent un chèque qui leur est remis, de manière symbolique, par les enfants.

L’édition 2022 du Festival

L’édition 2022 du Festival approche à grand pas : l’événement aura lieu les samedi 19 et dimanche 20 novembre 2022 à Ground Control dans le 12e arrondissement de Paris (au 81 rue du Charolais), sans oublier une soirée de lancement le vendredi 18 novembre 2022 à partir de 17h30 à la REcyclerie dans le 18e arrondissement de Paris (au 83 boulevard Ornano).

Il s’agit d’une édition anniversaire : 20 ans déjà ! 20 ans… L’occasion, notamment, pour l’association, de penser ou repenser son action dans le temps, mais aussi de réfléchir et inviter plus largement tout public à questionner la part d’écologie hier, aujourd’hui et demain, dans la production imprimée (livre et presse).

Interroger le temps du rétrospectif, pour commencer : d’hier à aujourd’hui… qu’est-ce qui a changé ? Lorsque le projet a vu le jour au début des années 2000, peu de livres parlaient d’écologie : un objectif premier était donc de mettre en lumière les titres existants sur la thématique. Puis, au fil des années, l’offre éditoriale sur ces sujets s’est développée : en 20 ans, la place du livre d’écologie est devenue beaucoup plus importante en librairie et en bibliothèque ; ainsi, aujourd’hui, le festival travaille à mettre en valeur certains titres, parmi l’ensemble des parutions, abordant avec brio des sujets écologiques, tout en combinant cette valorisation à une attention portée aux engagements et actions écologiques des éditeurs notamment.

Le temps du présent et de l’avenir aussi, pour continuer d’explorer les réalisations et les possibles aujourd’hui et demain. L’intitulé de l’édition anniversaire est formulée comme suit : « Le Felipé a 20 ans : quelle(s) écologie(s) pour demain ? »

Au menu de cette 20e édition, publié en ligne à ce lien : tables rondes, animations (parcours, ateliers, jeu-concours), rencontres et spectacles (conte, théâtre d’improvisation et danse). Le fil rouge, ou vert, de ce programme, outre cette projection vers le futur : l’idée, l’envie, l’objectif… de trouver de la joie et du plaisir à avancer sur ces sujets d’écologie et du livre, mais aussi à être ensemble, s’amuser, échanger dans la bonne humeur sur ces questions.

Au-delà du présent billet, rédigé par Julie Curien, si vous souhaitez en savoir plus sur le Félipé, nous vous invitons à consulter son site web : https://www.festival-livre-presse-ecologie.org.

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Exemple de service vert : le prêt de socles à tawashi en bibliothèque

La commission Bibliothèques Vertes ABF vous propose aujourd’hui, par ce billet rédigé par Maryon Le Nagard, un retour d’expérience sur la mise en place d’un service vert en bibliothèque : le prêt de socles à tawashi, à travers l’exemple du projet conduit dans les bibliothèques de Rouen.

Depuis septembre 2020, les adhérents des bibliothèques de Rouen peuvent ainsi emprunter un socle à tawashi à la bibliothèque des Capucins, afin qu’ils puissent fabriquer chez eux des tawashi. Après un temps de définition, nous vous présentons ici la genèse puis la mise en place du projet, ainsi qu’un bilan du service deux ans après son lancement.

Les socles à tawashi, qu’est-ce que c’est ?

Les socles à tawashi sont des carrés de bois dans lesquels sont plantés des clous, pour permettre de tisser des tawashi.

Issus du Japon, les tawashi (littéralement « brosse à laver » ou « lavette ») sont des éponges tissées, écologiques et durables. Celles-ci sont créées à partir de matières textiles qui étaient sur le point de devenir des déchets : manches de t-shirt, chaussettes (trouées ou usées, mais propres !), leggins, collants… Rien ne se perd, tout se transforme !

Objectifs du nouveau service

Les objectifs visés par la mise en place d’un service de prêt de socles à tawashi étaient triples : promouvoir le zéro déchet ; répondre à l’intérêt croissant du public pour cette démarche, en y intégrant une dynamique participative de type « do it yourself » ; valoriser l’engagement des bibliothèques en matière de développement durable. Ainsi, à la bibliothèque des Capucins, cela a permis d’étoffer l’offre de services verts en lien avec la constitution préalable d’un fonds documentaire sur cette thématique.

Par ailleurs, cette idée de service entrait en cohérence avec le PCSES (projet culturel, scientifique, éducatif et social) des bibliothèques de Rouen dont l’axe 4 est d’ « affirmer les bibliothèques comme un service favorisant l’exercice des droits culturels : des collections diversifiées, adaptées / la participation de la population / la culture du partage (Droits culturels – Déclaration de Fribourg) ». De même, les bibliothèques de Rouen visent à répondre à l’ensemble des 17 objectifs de développement durable (ODD) de l’ONU. Ainsi, cette initiative correspond aux ODD n°11 : « Ville et communautés durables » et n°12 : « Consommation et production durables ».

La mise en œuvre du service

Fabrication des socles

Qui ? Un partenariat avec les services techniques (menuiserie) avait été envisagé au départ pour la réalisation des socles à tawashi ; mais ils ont été finalement fabriqués par Maryon, responsable de la bibliothèque des Capucins, à la faveur du confinement du printemps 2020. Si vous souhaitez mettre en place un service similaire dans votre structure, envisager un partenariat avec les services techniques ou équivalents constitue une très bonne piste de travail, en veillant à bien anticiper la demande afin de trouver les bons interlocuteurs et de prévoir les délais adéquats.

Comment ? Le matériel nécessaire à la fabrication d’abord :

  • 10 planches de bois (15 x 15 cm)
  • 320 clous       
  • 10 pochettes à CD autocollantes (celles qui sont utilisées pour les magazines accompagnés de CD)
  • Des feutres permanents pour illustrer les socles le cas échéant (cette étape étant absolument facultative)

A Rouen, il a été choisi de proposer des socles suffisamment grands pour y planter 8 clous par côté afin d’obtenir des éponges de taille adaptée aux besoins. Au dos de ces socles, des pochettes sont collées pour permettre d’y glisser un mode d’emploi trouvé sur le site web de l’enseigne Nature & Découvertes.

Mise en place du prêt

Ces objets, au nombre de 10, ont intégré les collections de la bibliothèque des Capucins : dotés d’une étiquette RFID collée à l’intérieur de la pochette, ils peuvent être empruntés sur les automates de prêt, en toute autonomie par les adhérents. Le lancement du prêt a eu lieu pendant la semaine européenne du développement durable, en septembre 2020.

Les socles à tawashi sont prêtés au même titre que les autres objets (ustensiles de cuisine, instruments…), sous les mêmes conditions que l’ensemble des documents : emprunt de 4 semaines, renouvelable 1 fois. Ils peuvent être réservés pour un retrait dans une autre bibliothèque du réseau : dans ce cas, ils transitent par la navette. Ils peuvent ensuite être rendus dans n’importe quelle bibliothèque de Rouen.

Communication sur le service, et + encore

Le lancement du prêt de ce nouvel objet a été annoncé sur les réseaux sociaux et dans le magazine semestriel des bibliothèques de Rouen.

Des ateliers ont été proposés aux publics pour venir apprendre à tisser un tawashi, et cet objet été promu à l’occasion des rencontres, conférences et débats sur le thème de l’écologie et du développement durable.

Les socles sont installés sur un meuble en caisses de vin, sur lequel se trouvent également une valise avec les sachets de graines de la grainothèque, ainsi qu’une présentation, régulièrement renouvelée, d’ouvrages promouvant l’écologie, le zéro déchet, la permaculture… Ce meuble est situé entre les deux automates de prêt, afin d’être visible par tout emprunteur.

Bilan

Les retours du public sont très enthousiastes, même deux ans après. Dès la première semaine de prêt, les 10 socles avaient été empruntés.

Il avait été craint que les prêts diminuent voire deviennent inexistants après quelques mois, une fois que tous les adhérents intéressés auraient réalisé quelques éponges, mais deux ans après la mise en route, les socles sont toujours régulièrement empruntés.

Les statistiques révèlent 79 emprunts depuis la mise en place de ce nouveau service, dont 32 l’année dernière.

Si ces statistiques venaient à baisser, ce fonds pourrait devenir tournant pour rejoindre une autre des bibliothèques du réseau et le faire connaître à un nouveau public qui ne fréquente pas la bibliothèque des Capucins. Mais il est également envisagé de fabriquer de nouveaux socles pour les proposer à l’emprunt dans une ou plusieurs autres bibliothèques du réseau.

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Replay de webinaires #1

La Commission Bibliothèques vertes ABF partage aujourd’hui avec vous, par cet article rédigé par Julie Curien, deux webinaires qui ont eu lieu ce mois d’octobre 2022, en plus de ceux détaillés dans cet autre billet de blog. Ces deux nouveaux événements sont désormais disponibles en replay, et présentés dans ce billet selon l’ordre chronologique de leur programmation :

  • Table ronde « Le livre peut-il être écologique ? » organisée le 13/10/22
  • Séminaire « Former à la transition écologique dans l’enseignement supérieur : défis et solutions » organisé le 20/10/22

Table ronde « Le livre peut-il être écologique ? »

Le Centre de culture numérique, l’association Archipel Numérique, le Master des Métiers de l’Édition, la Confédération Interprofessionnelle du Livre (CIL) Grand-Est et l’Atelier Canopé 67 ont organisé le 13 octobre 2022 une table ronde animée par Sélim-Alexandre Arrad (membre de l’Institut du Numérique Responsable et Délégué à la Protection des Données de l’Eurométropole de Strasbourg).

Cette rencontre a interrogé en quoi le livre, imprimé ou numérique, peut être écologique : quid des bilans carbones de ces deux types de livres, et des solutions pour le baisser, et, au-delà, quels impacts de la chaîne du livre sur la planète ? Réponses avec les intervenants suivants venus témoigner de leurs pratiques à cette occasion : Florent Grandin des éditions Père Fouettard ; Angela Lery des éditions La Cabane Bleue ; Charlie Carle de l’entreprise RecycLivre ; Carine Vogler des Archives de la Ville et de l’Eurométropole de Strasbourg qui a parlé notamment d’ « écogestes documentaires » dans son intervention « Le livre peut-il être écologique : accompagner le contexte de production d’un support documentaire de manière écoresponsable » :

Séminaire « Former à la transition écologique dans l’enseignement supérieur : défis et solutions »

Le Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche a organisé le jeudi 20 octobre 2022, à l’Université de Bordeaux, un séminaire relatif à la mise en œuvre du rapport Sensibiliser et former aux enjeux de la transition écologique dans l’Enseignement supérieur, issu d’un groupe de travail présidé par Jean Jouzel. Les préconisations de ce groupe sont notamment destinées à accompagner les opérateurs de l’enseignement supérieur dans la mise en œuvre opérationnelle de la transition écologique.

Le séminaire, quant à lui, fait le point, le temps d’une journée-événement, sur la mise en œuvre, par les opérateurs du ministère, des préconisations de ce rapport, tout en interrogeant les conditions d’un passage à l’échelle supérieure. La journée, entièrement disponible dans le replay ci-dessous, s’est articulée autour de trois temps forts : un retour sur le rapport 6 mois après sa publication ; un dialogue entre les conférences d’établissements qui ont présenté leurs priorités pour accélérer la formation à la transition écologique ; deux tables-rondes qui ont permis d’échanger sur des initiatives inspirantes d’établissements de statuts différents (universités, grandes écoles, écoles d’ingénieurs, écoles de management).

Un sujet ainsi étroitement connexe avec l’activité des bibliothèques de l’enseignement supérieur et de la recherche, sur le plan documentaire notamment : acquisition et mise à disposition de ressources documentaires sur la transition écologique et au-delà ; mais aussi sur bien d’autres plans à (continuer de) repérer, étudier, mettre en œuvre, valoriser, etc.

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Quid de l’équipement des collections imprimées ?

Comment penser la gestion matérielle des collections, en bibliothèques, aujourd’hui, dans un contexte où il devient plus important que jamais de préserver la planète ?

Parmi tous les enjeux verts qui animent la profession, nous nous posons avec vous cette question : pour l’équipement des collections, comment fait-on ? Et nous vous proposons quelques éléments de réponses dans ce billet, rédigé par Florence Rodriguez.

Avant / maintenant / après : ouvrir la réflexion

Nous ouvrons le sujet avec deux images pour ouvrir la réflexion (images qui ne constituent ni l’une ni l’autre une fin démonstrative en soi, le sujet étant bien plus complexe que ces deux photos, comme nous le verrons dans la suite de cet article) :

  • Une image illustrant un nouveau mode d’équipement possible
  • Une image illustrant des limites à un équipement plus classique
Exemple de plastification non adhésive
Exemple de dommage causé par une plastification adhésive

Questionner nos pratiques (travail collectif)

Serait-ce plus difficile de renouveler nos pratiques de consolidation et de réparations des livres que de repenser d’autres aspects de nos métiers ? Peut-être. Les raisons seraient auquel cas, sans doute, multiples, parmi lesquelles celles-ci : nous manquons souvent d’interlocuteurs sur ces questions et nous ne savons plus très bien pour quelles raisons nos pratiques ont été mises en place. Sont-elles d’ailleurs toujours d’actualité ?

Les évolutions de nos métiers depuis l’avènement du numérique, les changements de format de catalogages qui ont, peu à peu, réduit dans nos notices les informations relatives aux imprimeurs et au collationnement, ainsi que la diversification de nos missions ont progressivement éloigné, si l’on puit dire, les bibliothécaires d’un objet que nous manipulons pourtant chaque jour : le livre ; et les questions de gestion matérielle pourraient aujourd’hui s’inscrire dans une routine parfois décorrélée des évolutions du métier. Si vous demandez à vos collègues pourquoi ils plastifient systématiquement les documents de votre établissement (nous vous invitons à poser la question autour de vous, sans présager de la réponse), vous observerez, d’expérience, le plus souvent cette réaction : « parce qu’on a toujours fait comme ça !? », qui appelle d’autres questions.

Il s’agit ainsi de travailler ensemble en interrogeant nos gestes métiers et notre manière d’exercer nos activités : allons plus loin que nos pratiques actuelles en nous questionnant sur nos pratiques de gestion matérielle des documents… Comment interroger ces pratiques ? Par où démarrer ?

Parmi les points à interroger

En bibliothèque, l’équipement des documents, quand un établissement le pratique, vise à les consolider pour leur permettre une durée de vie allongée dans un contexte de consultations multiples, emprunts, ou pour des besoins de conservation.

Distinguer équiper et plastifier pour commencer : plastifier (soit la pratique courante d’équipement en bibliothèque), ce n’est pas consolider ; plastifier, c’est plastifier. Cette lapalissade peut sembler un peu absurde mais peut permettre de se demander de quelles dégradations nous souhaitons protéger les documents, et si, au-delà, le recours au plastique est la seule solution :

Ce sont d’abord les coins et les coiffes qui s’abîment rapidement. Des protèges coins et des protèges coiffes peuvent ainsi constituer de bonnes alternatives à la pose d’adhésifs, à usages unique, aux colles bien souvent acides, et qui ne sont pas filtrés contre les UV quand ce sont ces derniers qui sont responsables de certaines dégradations (si, si, vous savez, ce document là que vous avez mis en présentation sur une table à l’entrée et qui est tout gondolé avant même le moindre prêt….).

La pose d’un protège-coiffe peut-être plus efficace qu’une plastification intégrale

Un autre point sur lequel porter notre attention est l’utilité ou non de poser des bandes adhésives en charnière des livres aujourd’hui : si cette pratique était nécessaire à une époque où il fallait consolider les dos carrés collés, elle est devenue obsolète maintenant que les couvertures le sont désormais aussi sur les plats.

Expérimenter puis formaliser

Plastifier ou ne pas plastifier ? Le sujet va plus loin que cette question binaire. Bien sûr, dans certains cas, la plastification complète du document est nécessaire. Ne serait-ce que pour pouvoir le nettoyer. Cela dépend aussi des conditions de conservation, des taux de rotation, de la fréquence de renouvellement des ouvrages, de la façon de les ranger, de les consulter ; bref, d’un ensemble d’éléments qui font que chaque établissement peut faire des choix spécifiques, tant qu’ils s’intègrent à une politique documentaire globale et réfléchie en équipe, à l’image de certains établissements comme la bibliothèque de La Canopée à Paris qui testent plusieurs équipements. Ainsi, après nous être interrogés sur les facteurs possibles d’évolutions des modalités de gestion matérielle des collections… il s’agit d’essayer, expérimenter… et évaluer ces tests menés.

L’étape suivante ? Constituer des outils pour formaliser les modalités d’équipement retenues après ces phases de test et évaluation. Il est possible d’envisager par exemple assez facilement : une petite fiche de préconisations de types de traitements pour les collections de périodiques, qui sont communes sur un réseau, une université, en les adaptant en fonction de la durée de conservation des fascicules et des types de consultations attendues. Au-delà, dans nos structures documentaires, les réflexions sur une gestion matérielle vertueuse des collections (équipements, réparations…) peuvent utilement s’inscrire dans les projets d’établissements, de service, être intégrées aux chartes de politique documentaires et rapports d’activités voire à la programmation d’actions culturelles, par exemple, dans une approche participative, pour une sensibilisation des publics à ces enjeux.

Les bibliothécaires, maillons d’une chaîne du livre

Intégrer ces questions de développement durable et d’économie circulaire à nos pratiques est aussi l’occasion pour les professionnels de se rappeler que nous sommes, au-delà de notre cœur de métier de bibliothécaire, des acteurs de la chaîne du livre et du périodique imprimés, sensibilisés et parties prenante aux/des évolutions qui touchent l’ensemble du circuit.

A l’heure où les matériaux qui composent les livres imprimés vont se faire de plus en plus précieux, nous pouvons échanger avec ceux qui les fabriquent, les relient, nous fournissent le matériel. Organiser une visite chez un imprimeur local, un fabricant de papier, demander des catalogues de fournitures, faire du « biblio tourisme » en échangeant notamment sur ces questions de gestion matérielle des documents imprimés : ces actions peuvent constituer autant d’occasions de mieux comprendre comment les documents sont fabriqués et comment les consolider au mieux.  

Sensibiliser et associer les publics à cette dynamique

Nous l’avons évoqué dans ce billet : au-delà des pratiques des bibliothécaires, la question qui nous occupe peut aussi intéresser les publics : les lectrices et les lecteurs de tout âge !

Rien n’empêche ainsi d’organiser en bibliothèques des ateliers avec et pour eux, pour qu’ils nous aident à maintenir les documents imprimés en bon état, qu’ils apprennent eux-mêmes à les réparer, et, plus largement, leur transmettre des compétences en matière d’écogeste dans l’utilisation des documents imprimés :

Exemple de sensibilisation au Musée d’art et d’histoire Paul Eluard à Saint Denis
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Action culturelle Médiations Sensibiliser et former les publics

Nous avons testé l’escape game « Mission ODD : la planète en danger ! »

La Commission Bibliothèques vertes ABF vous propose dans cet article, rédigé par Maryon Le Nagard, un retour d’expérience d’un jeu qui permet de sensibiliser les publics (voire les personnels) aux enjeux de développement durable. Nous visons ainsi à vous faire découvrir cet outil ludique, mais aussi à partager avec vous des conseils pour prendre en main puis mettre en œuvre ce jeu… afin de vous permettre à votre tour de le proposer dans vos structures et auprès de vos publics !

Le jeu présenté dans ce billet s’intitule Mission ODD : la planète en danger ! et correspond à un format d’escape game, soit un jeu d’énigmes à résoudre collectivement. Pour les non familiers de ce sigle, ODD signifie : Objectifs de Développement Durable, et pour découvrir ces derniers, nous vous invitons à prendre connaissance de la Feuille de route de la France pour l’Agenda 2030 ainsi que du travail inter-associatif mené par l’ABF et d’autres structures partenaires sur ces sujets.

L’ensemble des pièces du jeu présenté dans ce billet est téléchargeable gratuitement sur le site web Comprendre pour agir.

AVANT : préparer l’événement

La mise en place d’un escape game en bibliothèque, comme toute animation et action culturelle, se prépare à l’avance. En amont de la date de l’événement, il s’agit notamment de créer le jeu à partir des ressources mises à disposition sur le site web Comprendre pour agir > Outils pour les ODD > Escape Game « Mission ODD : La planète en alerte ! »

Ce dossier en ligne comprend les cartes à découper, les affiches à apposer, les règle du jeu, les réponses aux énigmes et surtout (très pratique) un récapitulatif des éléments à disposer le jour J (ce qui permet de contrôler que tout est présent).

Cependant, bien que « toutes clés en main », cet escape game demande une grosse préparation en amont, notamment parce qu’il y a près de 95 cartes à découper et plier mais aussi parce qu’il y a une phase d’appropriation pour que le maître du jeu comprenne bien les mécanismes du jeu : si on ne connaît pas du tout le jeu, il est difficile de comprendre sans préparation comment cela s’organise et comment disposer les éléments ; il faut donc que le maître du jeu prenne connaissance du cheminement de chacun des groupes, tant pour installer le jeu que pour répondre aux questions des participants qui seraient bloqués.

Facteur temps : prévoir au total non loin de 5h environ de temps de travail pour cette phase de préparation, soit : 2h d’impressions/pliage/collage ; 2h pour tout relire et s’approprier les étapes pour que chaque groupe passe d’une énigme à l’autre et ranger les cartes dans les bonnes enveloppes ; 30/45 mn pour l’installation du jeu (en comptant le temps de circuler dans la bibliothèque pour décider des emplacements idéaux)

PENDANT : déroulé du jeu

Les joueurs sont répartis en 4 équipes. Le principe de cet escape game est que chaque groupe travaille, sans le savoir à l’avance, sur une thématique composée de 4 objectifs de développement durable (ODD) : 1 énigme = 1 ODD.

Les thématiques sont les suivantes :

  • Population (ODD 1 – 2 – 3 – 12)
  • Paix (ODD 4 – 5 – 10 – 16)
  • Planète (ODD 6 – 7 – 14 – 15)
  • Prospérité (ODD 8 – 9 – 11 – 13)

Chaque équipe commence avec une carte qui indique d’aller chercher toutes les cartes et enveloppes « groupe X ». Ces éléments cachent une énigme qui une fois résolue donnera un nouveau mot ou code permettant de découvrir une autre série de cartes, et ainsi de suite :

Départ = code donné, cartes à trouver

Première énigme = code pour trouver les cartes et enveloppes suivantes

Deuxième énigme = code pour trouver les cartes et enveloppes suivantes

Troisième énigme = code pour trouver les cartes et enveloppes suivantes

Quatrième énigme = code pour trouver les cartes et enveloppes suivantes.
Le code cette fois correspond à la thématique sur laquelle le groupe
a travaillé (population, paix, planète ou prospérité)

Chiffre à entrer sur le cadenas pour ouvrir la malette

Un compte à rebours est lancé au début du jeu, les participants doivent résoudre l’escape game (et donc sauver la planète) en 30 minutes. Chaque équipe joue donc contre la montre et espère être la première à dénicher la mallette. La surprise intervient lorsque la première équipe arrive à la toute fin : elle obtient alors un chiffre, mais il en faut 4 puisque c’est un cadenas à 4 chiffres qu’il faut ouvrir. Il faut donc attendre les 3 autres équipes : c’est finalement un effort collectif qui permettra d’accéder à la victoire commune (et de sauver la planète, évidemment !).

Facteur temps : La partie a duré au total environ 1 heure (en comptant présentation et explication + bilan fait tous ensemble à la fin)

APRES : bilan et essaimage

Voici le bilan de cette expérience de jeu et nos recommandations variées pour une mise en place en bibliothèques :

  • Prévoir pour chaque groupe une table vers laquelle ils pourront retourner à chaque nouvelle étape pour résoudre les énigmes et laisser les cartes qui ne leur serviront plus.
  • La vidéo de présentation n’est pas suffisamment audible. Elle n’est pas forcément nécessaire non plus puisque le texte de l’avocat qui demande de l’aide pour retrouver sa plaidoirie est fourni, il sera donc probablement plus pertinent de le lire.
  • La carte Départ de chaque groupe indique : « Trouve toutes les cartes et/ou enveloppes ‘’Groupe 1’’ » (ou groupe 2, 3 ou 4). Il faut préciser aux joueurs qu’il faut qu’ils cherchent les cartes avec cette mention exacte (car certains, voyant des cartes « 1 rouge » ou « 2 bleu », ont cru que c’était de celles-ci dont il s’agissait, or, elles sont utiles pour une épreuve plus tardive)
  • L’âge préconisé (12-25 ans) est très restreint. Cet escape game peut être proposé dès 8 ans accompagné d’un adulte. Beaucoup d’énigmes sont compréhensibles dès cet âge-là. Pas de nécessité de restreindre à 25 ans non plus☺
  • Ne pas prévoir plus de 3 joueurs par groupe, au-delà, ils seraient trop nombreux pour être tous réellement occupés.
  • A l’inverse, la question se pose si jamais il n’y a pas assez de participants pour constituer 4 groupes. Solution possible : ne constituer que 2 ou 3 groupes et donner les chiffres du cadenas des 2 derniers groupes. Inconvénient : les 17 ODD n’auront alors pas été balayés par les participants, il faudra bien penser à les citer et expliquer en fin de jeu.
  • Personne n’a pioché les cartes « FAUX – Essaie encore ! » mais elles sont utiles car permettent un effet de masse et rendent la recherche un peu plus complexe
  • Certaines énigmes méritent une précision, car la formulation pour les résoudre n’est pas claire. Par exemple, pour l’énigme des espérances de vie (groupe 1) : « Placer les pays dans l’ordre de l’espérance la plus importante à l’espérance la plus faible ». Ou encore, pour le jeu des verres d’eau (groupe 2), ajouter la consigne : « Placer les cartes pays devant les consommations d’eau correspondantes pour trouver le mot-code qui vous mènera à la prochaine énigme ». Pour le jeu des logos (groupe 4), indiquer sur chaque carte : « Associer ces acronymes aux logos correspondants pour trouver le code suivant »
  • Les énigmes du groupe 3 ont été plus longues à résoudre que celles des groupes 1, 2 et 4, ce qui a créé un déséquilibre puisque les 3 autres groupes ont dû attendre que ce dernier aie résolu toutes ses énigmes pour obtenir son chiffre. On peut donc envisager d’inverser une voire deux énigmes du groupe 3 avec celles d’autres groupes.
  • La fin n’est pas claire : on demande aux joueurs de retrouver la plaidoirie de l’avocat, mais finalement, celle-ci n’étant pas proposée dans les pièces à imprimer, nous ne pouvons pas la mettre dans la valise, donc ça tombe un peu à l’eau
  • De même, l’objectif annoncé de cet escape game (à savoir qu’après avoir joué, les participants seront capables de comprendre l’ensemble des ODD et expliquer l’importance de chaque ODD et en quoi il consiste) n’est pas pleinement rempli : le jeu ne se suffit pas à lui-même pour ça. Il faut donc prévoir une véritable conclusion pour expliquer ces ODD. C’est aussi une formidable opportunité pour présenter les éventuels axes de travail relevant du développement durable dans la bibliothèque où est organisé ce jeu ! 
  • Enfin, bien insister à la fin sur le fait que la victoire est collaborative et non individuelle : même si un groupe a terminé avant les autres, il n’a pas gagné en réalité… ! C’est une allégorie : nous ne sauverons pas le monde seul, il faut s’y mettre à plusieurs…

Quelques images pour clore ce retour d’expérience :

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Formation continue Formation professionnelle Outils-cadres

Webinaires « Bibliothèques & Développement durable »

La commission Bibliothèques Vertes ABF vous propose dans cet article de découvrir ou redécouvrir un cycle de webinaires “Bibliothèque et développement durable”, copiloté par trois structures, le réseau Bib92, l’association The Shift Project et Le bureau des acclimatations. En quoi consiste ce cycle ? Qui l’organise conjointement ? Comment accéder aux replay des webinaires passés… ? Tout, vous saurez tout en lisant ce billet :

Quelques mots pour vous présenter ce cycle

Le réseau Bib92, l’association The Shift Project et Le bureau des acclimatations organisent depuis janvier 2022 des rencontres en ligne autour des enjeux de développement durable et de transition écologique pour les bibliothèques.

Créé à l’occasion de la réalisation par la bibliothèque de Neuilly sur Seine de son bilan carbone, ce cycle se décline en webinaires abordant chacun un thème différent : réduction des émissions de gaz à effet de serre et des déchets, mise en place d’un référent développement durable, sensibilisation des publics et des équipes, économies d’énergie… Des partages d’expérience concrets sont proposés chaque fois, ainsi qu’un temps d’échange et de mise en commun de bonnes pratiques et de ressources.

Quelques mots sur les structures organisatrices

Bib92 est une agence de coopération entre les bibliothèques et les médiathèques et tous types d’établissements professionnels d’information et de documentation des Hauts-de-Seine. La commission développement durable de Bib92, créée en février 2021, constitue un lieu d’échanges sur les bonnes pratiques en termes de développement durable et de protection de l’environnement, à la fois sur l’organisation des médiathèques mais également autour des propositions pour le public. Elle organise des rencontres entre bibliothécaires mais peut également, selon la volonté et les choix de ses membres, inviter des témoins ou des intervenants sur ces thématiques, programmer des visites d’établissements ou encore participer à des formations.

The Shift Project est un think tank qui œuvre en faveur d’une économie libérée de la contrainte carbone. En 2021, The Shift Project a publié le rapport “Décarbonons la culture” ! qui comprend notamment un chapitre consacré au livre et à l’édition.

Le bureau des acclimatations (BDzA) est une entreprise d’économie sociale et solidaire (ESS) qui accompagne les organisations culturelles dans leur démarche de transition écologique. BDzA propose des actions de sensibilisation et de formation à destination des bibliothécaires, ainsi que la réalisation de bilans carbone et l’accompagnement à la réduction des impacts.

La commission Bibliothèques Vertes ABF remercie chaleureusement les représentantes de ces structures d’avoir contribué à la rédaction, pilotée par Julie Curien, du présent billet, en apportant des éléments pour ces quelques mots de présentation.

Les webinaires disponibles en replay 

Tous les webinaires passés sont disponibles en replay ! Les voici les voilà :

Webinaire #1 Bibliothèques et climat
Webinaire #2 : Bibliothèques et gestion des déchets
Webinaire #3 La fonction de référent.e Développement Durable
Webinaire #4 : Sensibiliser les usagers et les équipes
Webinaire #5 : Chauffage et énergie

A noter : au fur et à mesure, les webinaires, après leurs diffusions en direct, sont déposés en replay sur la chaîne Youtube BDzA.

Et en 2023 ?

Ce cycle de webinaires se poursuit en 2023. Les prochaines dates et sujets pressentis sont :

  • Jeudi 15 juin à 10h (date à confirmer)… et objet à préciser !

Merci de votre attention, et bons visionnages !

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"La parole à..."

Bonjour tout le monde !

Nous, membres de la Commission Bibliothèques Vertes de l’Association Bibliothécaires de France, sommes ravis de lancer ce nouvel outil de partage progressif de ressources sur les questions d’écologie, développement durable, économie circulaire, démarches, actions et projets verts, à venir ou avérés, dans les différents volets d’activités des bibliothèques et sur les lieux bibliothèques mêmes.

Nous vous invitons à prendre connaissance de la carte thématique du périmètre d’intervention & d’investigation de la commission, de l’agenda des prochains événements et formations qui pourraient vous intéresser, ou d’entrer directement dans la rubrique thématique de votre choix dont les contenus vont peu à peu se construire !

Ce blog correspond à du « work in progress » : c’est aujourd’hui un blog qui fait ses tout premiers pas, et peu à peu, les contenus s’étofferont et seront à même, nous l’espérons, de couvrir la grande diversité des enjeux que nous identifions.

Nous vous invitons de votre côté à nous remonter vos actions, vos projets, vos questions, et aussi vos suggestions le cas échéant, pour contribuer à alimenter la richesse de cette nouvelle ressource, en nous contactant par mail à bibliotheques.vertes@abf.asso.fr. Nous vous invitons aussi à partager nos articles et contenus autour de vous, afin de contribuer à essaimer des pratiques vert.ueues.es dans les bibliothèques d’ici et d’ailleurs !

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Carte

Les champs couverts

Parler de bibliothèques vertes, c’est parler de quoi ?

Pour structurer notre propos, nos outils et contribuer à vous permettre de situer à votre tour vos actions et projets vertueux, nous avons produit une carte thématique que nous vous présentons ici :

Cliquer sur la carte pour agrandir

Cette carte, à vocation évolutive, décrit les grands ensembles, reliés les uns aux autres, constituant les piliers de l’activité des bibliothèques aujourd’hui.
Vous retrouvez aussi, sur ce blog, ces volets d’activités déclinés dans les rubriques correspondant aux « sujets-clés » :

Ces grands ensembles peuvent être envisagés, sur cette carte comme sur ce blog, de manière globale, mais aussi dans toutes leurs richesses et problématiques intrinsèques : chaque ensemble fait ainsi l’objet d’une arborescence pour aller du niveau macro au niveau micro (chaque action compte !) et inversement.

Bonne navigation sur la carte comme dans les rubriques du blog accessibles via le menu principal ci-dessus (tout en haut du blog sur le joli bandeau vert ^^) !