Médiation animale en bibliothèque

La commission Bibliothèques Vertes de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) vous propose aujourd’hui un billet, rédigé par Geneviève Erb et Isabelle Bontemps, sur la médiation animale en bibliothèque.

La médiation animale consiste à utiliser des animaux (chiens, chats, lapins, etc.) pour faciliter les interactions, réduire le stress et favoriser l’apprentissage. Ses bienfaits, largement documentés, poussent de plus en plus de bibliothèques — publiques comme universitaires — à organiser des ateliers, ponctuels ou réguliers, voire à mettre en place des résidences à demeure d’animaux dans leurs structures. Pourquoi les bibliothèques s’intéressent-elles à ces actions de médiation animale, en lecture publique comme dans l’enseignement supérieur? Quels sont les bénéfices pour les publics de tous les âges ?

Nous abordons ici cette thématique en vous présentant des exemples concrets, des études et des pistes pour mettre en place des actions de médiation animale en médiathèque.

Côté BU : une action plébiscitée par les étudiants

Un enjeu de bien-être et de santé : Lucile Nart, médecin généraliste, a étudié dans le cadre de sa thèse Vécu des étudiants en médecine ayant participé aux ateliers de médiation animale organisés par le Service de Santé Universitaire à l’Université Claude Bernard Lyon 1 (que vous pouvez lire à ce lien) les bienfaits de la présence des animaux auprès d’étudiants en médecine, une population particulièrement soumise au stress, à la compétition et à l’angoisse de l’échec. Lucile Nart relève que ces séances, organisées par le Service de Santé Etudiante, permettent une reconnexion avec le vivant et des Interactions sociales renouvelées, dans un contexte d’isolement et de précarité. Parmi les effets ressentis par les étudiants à l’issue de ces ateliers, elle liste notamment une réduction du niveau de stress, un regain de motivation et la conviction d’être ensuite plus efficace, un sentiment de liberté et même des effets sur la mémoire.

Du côté des bibliothèques universitaires, c’est la BU d’Angers qui a la première, dès 2019, mis en place des séances de médiation animale au sein de la bibliothèque : un billet de leur blog professionnel retrace les origines du projet et répond aux principales questions pratiques (contractualisation avec les intervenants, organisation, ménage…). L’enquête menée en février 2020 auprès des étudiants ayant participé à ces séances permet d’en mesurer concrètement les bénéfices pour les étudiants, au travers des très nombreux verbatims déposés.

Depuis, de nombreuses autres BU ont mis en place des ateliers de médiation animale, avec le même succès : Orléans, Saint-Etienne, Sorbonne, Lorraine, Bordeaux, Créteil… La prise en compte croissante des enjeux de santé mentale étudiante, mis en lumière lors de la crise sanitaire, favorise le développement de ces initiatives sur les campus, avec le soutien de budgets dédiés à la vie étudiante (comme les financements CVEC – Contribution de Vie Etudiante et de Campus).

Une pause au poil : séances de médiations animales organisées au Service commun de la documentation de l’Université Paris-Est Créteil Val-de-Marne, avec le Service de Santé Universitaire, au printemps 2026

Côté lecture publique : lire avec des animaux et + encore

Depuis les années 1970, les bienfaits de la relation enfant-animal ne sont plus à démontrer, notamment pour les enfants en situation d’autisme. Si la thérapie assistée par l’animal s’est d’abord développée dans un cadre médical, des initiatives plus ludiques et éducatives ont vu le jour, comme les chiens de lecture.

Aujourd’hui, de plus en plus de médiathèques en France et dans le monde accueillent ces compagnons à quatre pattes pour accompagner les jeunes lecteurs. Plongeons dans cette aventure où la bienveillance canine rencontre l’amour des livres. L’idée de faire lire les enfants à des chiens n’est pas nouvelle. En 2011, la Finlande lance les premières séances de lecture avec des chiens, rapidement suivies par les autres pays nordiques, puis le Royaume-Uni avec le programme « Bark and Read ». En France, le concept s’est progressivement imposé, notamment grâce au programme « Lire avec le chien », inspiré du modèle américain READ (Reading Education Assistant Dogs).

Exemple d’ateliers de médiations animales dans les Médiathèques de Strasbourg

Modalités et objectifs de l’action

Qui peut en bénéficier ?

Si les enfants en difficulté de lecture sont la cible prioritaire, ces séances sont généralement ouvertes à tous.

Quel est l’objectif poursuivi ?

Créer un environnement serein, non jugeant et motivant ; dans cet environnement de qualité, l’enfant lit à voix haute sans crainte d’être corrigé ou interrompu.

Comment se déroule une séance de lecture avec un chien ?

  1. Une première rencontre pour créer du lien : avant de plonger dans un livre, l’enfant participe à une médiation pour apprendre à connaître et respecter le chien. Ce temps d’échange, souvent inspiré du PECCRAM (Programme d’Éducation à la Connaissance du Chien et au Risque de Morsure), permet de poser les bases d’une relation de confiance.
  2. Le choix du livre et la lecture à voix haute : l’enfant sélectionne un ouvrage parmi une sélection adaptée à son niveau, puis lit pendant une dizaine de minutes à son compagnon canin. Le médiateur (bibliothécaire, orthophoniste, etc.) reste discret, sans intervenir, pour préserver la bienveillance de l’instant.

Une séance de lecture avec un dispositif de médiation animale peut constituer une action culturelle en soi, mais aussi être articulée dans une programmation comprenant plusieurs modules imbriqués : c’est par exemple le cas du projet « Vu d’en Haut » mis en place à la Médiathèque Haut-du-Lièvre de Nancy dont Louise Engler rend compte son mémoire Médiation animale et bibliothèques : vers le plaisir de lire.

Bénéfices de la médiation

Les bénéfices du dispositif sont multiples et variés. En effet, lire à un chien, aussi surprenant que cela puisse paraître, offre des résultats concrets :

  • Amélioration des compétences en lecture (fluidité, compréhension)
  • Renforcement de la confiance en soi
  • Réduction du stress et de l’anxiété, notamment pour les enfants en difficulté scolaire ou souffrant de troubles de l’attention
  • Stimulation de l’expression orale grâce à l’interaction unique avec l’animal

L’animal comme médiateur social : exemples

Nous commençons avec l’exemple de Plume. À Agglopolys (Blois), Plume, le premier chien d’accompagnement social de France (éduqué par l’association Handi’chiens), intervient depuis 2022. Il participe à des séances de lecture, mais aussi à des accueils de classes ULIS ou d’IME, pour des publics en difficulté.

Dépliant Plume, les livres et moi

Nous poursuivons avec un projet ambitieux en Auvergne Rhône-Alpes : intégrer un chien d’accompagnement social à demeure dans une médiathèque pôle de référence autour du handicap cognitif. Les objectifs sont de favoriser l’inclusion des publics porteurs de handicap, soutenir les progrès en lecture, apaiser les groupes grâce à la présence du chien, faciliter les relations sociales et sensibiliser au bien-être animal et au handicap.

Points clés pour organiser un atelier ou une résidence en bibliothèque

Mettre en place un tel projet implique de réunir plusieurs conditions :

  • Sur le plan réglementaire : autorisations et assurances adaptées, respect du bien-être animal
  • En termes d’enjeux humains : il s’agit de sensibiliser le personnel et les usagers, avec une attention portée à la gestion des allergies ou des peurs, via des formations et une communication adaptée

En fonction de l’ampleur du projet, il peut s’agir d’un budget d’action culturelle pour solliciter l’intervention d’une association de médiation animale ou, dans le cas d’une mise en place de résidence pérenne de chien d’accompagnement social, d’une construction budgétaire comprenant la formation initiale et de rappels des référents, l’entretien du chien (suivi vétérinaire, alimentation…), les indemnités pour les agents impliqués. Parmi les pistes de financement, nous pouvons auquel cas citer des subventions via le contrat de territoire lecture, des subventions de l’Education nationale voire du mécénat.

Vous l’aurez compris, la médiation animale est une pratique d’actualité qui a de l’avenir, au regard de son succès et des bénéfices constatés : elle est à la fois innovante, porteuse de sens et de lien social ; elle est transformante : elle fait de l’apprentissage un moment de plaisir, de confiance et de partage.

Et vous, avez-vous déjà participé à une séance de lecture avec un animal, ou programmé une séance dans votre établissement ? Est-ce en projet ? Vos retours sont les bienvenus, comme toujours, en commentaires.


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