La commission Bibliothèques Vertes de l’Association des Bibliothécaires de France poursuit sa série Chaud Devant, sur l’adaptation climatique et aux bibliothèques, avec ce second billet, consacré à la gestion de la canicule 2026 dans des bibliothèques universitaires. Ce nouveau contenu se fonde sur des retours collectés par Isabelle Bontemps, auprès de plusieurs établissements et collègues que nous remercions vivement pour leurs partages d’expériences.
Avec une première vague de chaleur importante dès le mois de mai 2026, les bibliothèques universitaires (BU) ont dû affronter la canicule alors que la fréquentation étudiante était encore importante, et ont travaillé à mettre en place des procédures pour gérer ces épisodes caniculaires dans la durée. Cet article vous propose un panorama de différentes solutions expérimentées dans les bibliothèques non climatisées pour accueillir le public, organiser le travail des personnels en conciliant prévention des risques et continuité du service public, et améliorer le confort thermique des bâtiments.
Anticiper la modification des horaires d’ouverture
La répétition régulière des vagues de chaleur intense impose de se doter de procédures, validées par les tutelles, afin d’assurer de façon sereine la gestion de ces épisodes dans les bibliothèques. Le plus souvent, ces procédures s’appuient sur les niveaux de vigilance Météo France : l’arrêté du 27-05-25, pris en application de l’article 3 du décret n° 2025-482 du 27 mai 2025 relatif à la protection des travailleurs contre les risques liés à la chaleur, définit en effet les épisodes de chaleur intenses sur la base des seuils de vigilance météorologique de Météo France, à partir desquels doivent être mises en œuvre les actions de prévention destinées à protéger les personnels.
La plupart des Universités adossent donc leurs mesures contre la canicule à ce dispositif ; pour les bibliothèques, il s’agit de lister ce qui s’applique en termes d’adaptation des services, d’horaires d’ouverture ou d’organisation du travail pour chacun des niveaux d’alerte existant.
Déclinaison des niveaux de vigilance dans les BU de Paris Nanterre :

L’Université d’Avignon prévoit quant à elle la fermeture des bibliothèques au public à 13h en cas de vigilance canicule orange.
Le cas de la bibliothèque de l’Université de Technologie de Troyes est particulièrement intéressant car les scénarios du plan d’adaptation à la canicule sont fondés non seulement sur le niveau de vigilance déterminé par Météo France mais aussi sur les besoins des étudiants, évalués en fonction de la période pédagogique et de la fréquentation de la BU. Ainsi en niveau de vigilance rouge trois scenarios différents sont envisagés :
| SCENARIOS | Scénario 1 | Scénario 2 | Scénario 3 |
|---|---|---|---|
| Période couverte | Période d’examens et de révisions | Période hors révisions | Période de vacances |
| Adaptation appliquée | Fermeture de la bibliothèque à 17h30 (au lieu de 22h) Et renvoi des étudiants vers des salles climatisées | Fermeture de la bibliothèque à 17h30 (au lieu de 19h30) | Fermeture de la bibliothèque au public (horaires d’ouverture de la BU pendant les vacances : 13h-17h en période fraîche, 9h-13h de juin à août) |
Ou ajuster les horaires en fonction des températures relevées
Si niveau de vigilance Météo France peut donner un cadre réglementaire, il n’est pas toujours suffisant pour les situations de forte chaleur avérées avant que soit atteint le seuil de l’alerte orange ou rouge.
Relever la température
« Nous n’avons pas déclenché les seuils d’alerte en fonction du niveau de Météo France car l’an dernier nous avons connu moins de 10 jours d’alerte orange/rouge, ce qui n’était pas représentatif des conditions réelles de travail et d’études dans les BU » indique Sandrine Gropp, directrice du SCD de l’Université de Montpellier. Le relevé factuel des températures, très pragmatique, permet souvent une meilleure prise en compte de la situation réelle dans les bibliothèques et une réactivité plus fine.
Identifier les seuils
A l’Université Sorbonne Paris Nord, les bibliothèques des sites de Bobigny et de l’IUT de Saint-Denis ferment quand la température constatée dans les salles de lecture est supérieure à 33 degrés. Ce seuil correspond à la température au-delà de laquelle l’INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité) considère qu’il y a un risque pour la santé.
Dans les bibliothèques de l’Université de Rouen Normandie enfin, une réduction des horaires d’ouverture (fermeture à 15h ou 16h) se met en place au-delà de 30 degrés constatés par le personnel technique dans les espaces de la bibliothèque la plus ancienne (seuil de vigilance pour le travail dans un bureau selon l’INRS). De façon générale, le déclenchement de l’alerte orange ouvre la voie à un traitement au cas par cas par la direction, pour une décision rapide et adaptée à la diversité des situations dans les bibliothèques du réseau.
A noter : la décision de fermeture complète des bibliothèques relève de la Direction Générale des Services de l’Université (Université Rouen Normandie, Université Sorbonne Paris Nord), alors que la décision de fermeture partielle ou de réduction d’horaires peut être prise directement par la direction du SCD. A l’inverse, les BU climatisées ont généralement augmenté leurs horaires d’ouverture en période de canicule, et accueilli largement au-delà de leur public habituel (personnels administratifs de l’Université en particulier).
Adapter les conditions d’accueil des étudiants
Les étudiants séjourneurs dans les bibliothèques non climatisées sont évidemment très impactés lorsque les espaces de travail atteignent des températures élevées. Au-delà de la modification des horaires d’ouverture, différentes adaptations des modalités d’accueil peuvent être mises en œuvre.
Dès début juin, le prêt illimité est ainsi proposé aux étudiants de l’Université de Montpellier, afin de limiter leur séjour dans la BU et leur permettre d’aller travailler ailleurs avec toute la documentation dont ils ont besoin.
Afin d’améliorer un peu les conditions d’étude, nombre de bibliothèques universitaires ont installé des ventilateurs sur pied dans les salles de lecture, voire prêtent sur place de petits ventilateurs (Troyes, Lyon 1).

En période de canicule, les espaces les plus chauds sont fermés et les étudiants regroupés dans les zones rafraîchies ou mieux ventilées ; les collections situées dans les espaces fermés pour cause de chaleur sont alors communiquées à la demande.
Organiser le travail et protéger les personnels
L’organisation du travail en période caniculaire est le plus souvent élaborée en collaboration avec les assistants de prévention du SCD (Rouen, Avignon, Troyes) et le cas échéant avec le référent QVT (Qualité de Vie au Travail) du service (Avignon).
La bibliothèque de l’Université de Technologie de Troyes a ainsi rédigé un plan d’adaptation (en attente de validation par la DRH), qui concerne à la fois les fortes chaleurs et les températures froides.
Le principal enjeu est de concilier la continuité de service et la sécurité des personnels ; le télétravail en particulier, souvent préconisé quand les bâtiments universitaires atteignent des températures élevées, se heurte d’une part à la nécessité de maintenir les bibliothèques ouvertes aussi largement que possible, et d’autre part à l’absence de tâches télé-travaillables pour un certain nombre d’agents en bibliothèque.
En cas de vigilance canicule orange, les agents du SCD de l’Université d’Avignon viennent travailler selon leurs jours habituels de présence, mais des dispositions spécifiques sont alors prévues pour l’après-midi (les BU fermant au public à 13h) :
| Agents dont les missions sont télé-travaillables | Agents dont les missions ne sont pas télé-travaillables |
| Ces agents peuvent au choix poursuivre leur activité en télétravail l’après-midi ou rester travailler sur place selon leurs horaires habituels (sous réserve de ne pas être seuls dans les locaux). | Ces agents peuvent, s’ils le souhaitent, quitter la bibliothèque à partir de 13h. Ils bénéficient alors d’une autorisation spéciale d’absence. Ils peuvent également choisir de rester travailler sur place selon leurs horaires habituels, sous réserve également de ne pas être seuls dans les locaux. |
A l’Université Rouen Normandie, Christelle Quillet souligne que les échanges entre la direction du SCD et les représentants des personnels ont fait apparaître des besoins différents au sein de l’équipe pour ces périodes de canicule : un souhait de continuité de service pour les cadres, et un besoin de sécurité pour les agents. Il a donc été décidé de travailler sur site le matin, puis d’autoriser le télétravail à partir de 15h pour tous les personnels. Une liste de missions télétravaillables pour les catégories C a été élaborée pour permettre la mise en œuvre de cette organisation.
Sur la question de la sécurité des personnels au travail, l’Université Sorbonne Paris Nord, a quant à elle mené un travail d’information et de sensibilisation des personnels avec la rédaction de fiches réflexes canicule :

En complément des modalités spécifiques d’organisation du travail en période de forte chaleur, divers équipements destinés à protéger la santé des personnels peuvent être mis à disposition dans les espaces internes. Citons par exemple :
• Des packs d’eau ou des fontaines à eau et des pains de glace souples (SCD Université Rouen Normandie)
• Des ventilateurs de poche et des bouteilles d’eau disponibles dans les cuisines des bibliothèques (SCD d’Avignon Université)
• Un ventilateur par agent et des serviettes rafraîchissantes en microfibre à la bibliothèque de l’Université de Technologie de Troyes, qui prévoit également l’acquisition en 2027 d’un brumisateur rechargeable par agent et de pains de glace souples.
Enfin, les Universités ont progressivement identifié sur les campus des locaux de repli, rafraîchis ou climatisés, qui peuvent accueillir les agents en période de canicule. A Avignon par exemple, les agents qui le souhaitent peuvent être relocalisés temporairement dans des bureaux correctement climatisés. Une zone refuge, climatisée en continu, est également aménagée dans la cuisine de la bibliothèque Maurice Agulhon.
Afin de faciliter la gestion de ce « nomadisme climatique », les bibliothèques du Museum d’Histoire Naturelle de Paris ont mis en place de leur côté un tableur de suivi des bureaux de repli, afin que chaque agent puisse s’inscrire et suivre en direct les disponibilités.
A noter que les bibliothèques disposent parfois de magasins dans lesquels les températures restent relativement agréables. Il peut alors être envisagé d’y installer provisoirement du personnel, par roulement. La bibliothèque de l’Université de Technologie de Troyes a ainsi fait créer plusieurs postes de travail dans les magasins, pour que les agents puissent y travailler en période de canicule.
Agir sur les bâtiments
Les bibliothèques universitaires sont souvent installées dans des bâtiments non climatisés, parfois difficiles à aérer pour des raisons architecturales ou de sécurité, dans lesquels les températures restent élevées tout au long de la journée. Au-delà des mesures d’adaptation des horaires ou de l’organisation du travail, c’est donc sur les bâtiments eux-mêmes qu’il faut essayer d’agir, pour construire une réponse à long terme au changement climatique.
L’adaptation des locaux existants est l’une des principales pistes, permettant à la fois la maîtrise du budget et du calendrier des travaux. La bibliothèque de l’Université de Technologie de Troyes a par exemple acheté des couvertures de survie pour opacifier les vitres et projette également de tester le blanc de Meudon au printemps 2027. Le SCD de l’Université de Rouen Normandie a de son côté installé des stores intérieurs dans une BU, et fait poser des filtres anti-UV dans 2 bibliothèques où les stores n’étaient pas possibles ou insuffisants.
A la BU Santé Rockefeller de l’Université Lyon 1, des ventilateurs de plafond et des stores intérieurs ont été posés avant l’été 2026 (les stores extérieurs, plus efficaces, n’ayant pas été autorisés par l’architecte des bâtiments de France). Ce dispositif améliore un peu les conditions d’accueil des étudiants dans cette bibliothèque ouverte tout l’été, mais ne réussit toutefois pas à faire baisser significativement la température une fois la chaleur installée.
La véritable solution consiste donc à intégrer dès la construction de la bibliothèque les solutions de climatisation. A l’Université Sorbonne Paris Nord, la nouvelle BU du site de Villetaneuse est rafraîchie (il s’agit d’un bâtiment haute qualité environnementale). Les agents qui travaillent dans l’ancien bâtiment (non climatisé) ont ainsi pu se réfugier dans les salles de lecture du nouveau bâtiment aux plus fortes chaleurs.
A l’Université de Rouen Normandie, un projet de construction en cours (BU de Lettres), dont l’ouverture est prévue en septembre 2029, vise le label Passivhaus : ce label comprend une économie de 90% de chauffage par rapport à un bâtiment classique, et 4 points de contrôle sur la qualité de la construction, ce qui doit en faire un « bâtiment passif » sur le plan énergétique.
Les bibliothèques universitaires ouvertes, largement et à tout public, sont des équipements collectifs qui pourraient devenir de véritables refuges climatiques sur les campus si elles étaient correctement rafraîchies voire climatisées.
***
Nous remercions vivement :
- Béatrice Beaufré, directrice adjointe des bibliothèques d’Avignon Université
- Béatrice Delestre, directrice de la bibliothèque de l’Université de Technologie de Troyes
- Christelle Quillet, directrice du SCD de l’Université de Rouen Normandie
- Arnauld Amaury Sillet, directeur du SCBD de l’Université Sorbonne Paris Nord
- Cécile Swiatek Cassafieres, directrice du SCD de l’Université Paris Nanterre
dont les retours ont été précieux pour vous proposer ce premier panorama de la gestion des canicules 2026 dans des bibliothèques universitaires.
La commission Bibliothèques Vertes ABF est preneuse, pour poursuivre ensemble l’éclairage de ces enjeux, de retours complémentaires, de bibliothèques de l’enseignement supérieur et de la recherche comme de lecture publique, sur ce que les établissements ont pu mettre en place cet été 2026 dans l’urgence, mais aussi dans le temps, plus long, du bilan, de la construction et de l’anticipation de prochains épisodes caniculaires. Nous sommes également ouverts aux témoignages de bibliothèques ayant dû faire face à des incendies ou autres effets du dérèglement climatique. N’hésitez pas à nous contacter par mail, ou dans les commentaires de ce billet, pour qu’on prenne ensuite le temps d’échanger : bibliotheques.vertes[arobase]abf.fr !


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