Bibliodiversité : quel(s) rôle(s) pour les bibliothèques dans l’écosystème du livre ?

La commission Bibliothèques Vertes de l’Association des Bibliothécaires de France (ABF) vous propose aujourd’hui de parler de « bibliodiversité » : le sujet était au cœur d’une journée d’étude organisée le 20 janvier 2026 par la Bibliothèque publique d’information (Bpi) et l’ABF.

Florence Rodriguez, membre de la commission Bibliothèques Vertes de l’ABF, nous partage aujourd’hui son retour sur cette journée, avec une question sur la responsabilité des bibliothèques dans l’écosystème du livre aujourd’hui : alors que le marché de l’édition est marqué par une concentration croissante, quel rôle les bibliothécaires peuvent-ils jouer pour garantir le pluralisme et soutenir la création indépendante ?

« Esprit du temps » et problématiques posées

En ouverture de la journée, la sénatrice Sylvie Robert a rappelé que la « bibliodiversité » est un enjeu éminemment démocratique et politique. Elle a exprimé son inquiétude face à l’esprit du temps qui change, notamment sur les points relatifs au pluralisme des collections et à la gratuité d’accès, piliers de la « loi Robert » de 2021. Elle a partagé un constat alarmant : si la loi de 2021 qui porte son nom a été votée à l’unanimité, elle doute qu’il en soit de même aujourd’hui. L’opposition virulente rencontrée lors des récents débats sur le pluralisme des médias en 2024 témoigne, à son sens, d’un changement d’époque. Les débats de 2024 sur le pluralisme des médias ont révélé en effet une hostilité croissante envers les principes de neutralité et de diversité.

Pour la sénatrice Sylvie Robert, la responsabilité des bibliothèques se décline désormais sur trois plans :

  • Un plan éthique : maintenir la solidarité de la filière du livre et de la lecture ;
  • Un plan juridique : s’appuyer sur la loi pour protéger les collections.
  • Un plan militant : s’engager activement pour faire vivre la démocratie au sein de la cité.

Ainsi, la « bibliodiversité » ne devrait plus être un concept abstrait, mais une responsabilité éthique et militante. Pour la sénatrice, protéger les bibliothécaires dans leurs choix documentaires, c’est protéger la démocratie contre l’uniformisation de la pensée.

Face à l’accroissement de la concentration dans l’édition et les médias, qui menace la maîtrise de la chaîne de valeur (comme l’illustre l’exemple des points Relay dans les gares), plusieurs leviers d’actions sont possibles. La mobilisation collective d’abord : fédérer les acteurs et identifier des alliés pour structurer un nouvel écosystème. Il existe aussi des leviers publics, comme demander la modification de certaines clauses des marchés publics. Sylvie Robert appelle aussi de ses vœux un soutien croissant à la création pour traduire la reconnaissance de la société envers les auteurs, par une revalorisation du droit de prêt et un soutien budgétaire constant, notamment face à la concurrence des écrans. Autre levier : lutter toujours contre la censure thématique.

Les champs sont multiples et les sujets complexes, mais Sylvie Robert rappelle qu’il n’y a aucune fatalité et porte sa démarche pour le pluralisme des idées et des opinions au niveau national et au niveau européen.

Radiographie d’un marché sous haute tension

L’historien Jean-Yves Mollier a ensuite dressé un portrait sans concession d’un marché dominé par une poignée de géants. L’édition est davantage concentrée en France qu’elle ne l’est au USA en Espagne ou en Italie. Jean-Yves Mollier propose de revenir sur les faits qui ont mené à cette concentration, depuis la librairie Hachette de 1954 au groupe au chiffre d’affaires à 2 millions 78 milliards de dollars qu’est devenu Hachette Livres aujourd’hui.
Aujourd’hui, environ 5 grands groupes se partagent l’essentiel du marché français. Cette « oligopole à franges » (concept de Stiegler) laisse peu de place aux 4 000 éditeurs indépendants, qui ne représentent que 13 % du chiffre d’affaires global. Ces grands groupes réalisent par ailleurs 20 % de leur chiffre d’affaires grâce aux best sellers. Ce système du marché des maisons d’édition est illustré dans la carte du Monde diplomatique « Qui possède quoi ? » que nous reproduisons ici avec le lien vers l’article d’origine :

Médias français, qui possède quoi ? (Le Monde diplomatique, décembre 2025)

Qu’est-ce qu’un éditeur « indépendant » ?

Sophie Noël, spécialiste des médiations culturelles et de l’indépendance dans les industries culturelles est intervenue ensuite – elle intervenait pour la première fois face à des bibliothécaires.

En effet, ces questions sont souvent plutôt abordées du point de vue des éditeurs, des libraires, peu des bibliothèques. Elles rejoignent pourtant la thématique de l’éducation aux médias (EMI) : simplement, le livre est le plus ancien des médias. Avec un tel nombre de références – 36 000 nouveautés par an – à quelles idées, thématiques, auteurs, éditeurs, on donne la place dans un service public ?

Mais qu’entend-on par édition « indépendante » ? L’indépendance est un concept très prisé aujourd’hui. Avant, on parlait de petites éditions, des marchés parallèles. Au-delà des connotations positives qui accompagnent le terme d’indépendance, ses définitions sont floues. Selon les pays, la notion d’indépendance est différente, Sophie Noël a pu le constater en travaillant en Angleterre. C’est une notion qui était autrefois attachée aux auteurs et qui s’est déplacée vers la médiation des œuvres au XXe siècle.


Quels sont les critères pour être défini « indépendant » ? Il existe selon elle une indépendance relative et non absolue, et le terme, polysémique, relève de plusieurs critères :

  • Le premier critère est de dimension juridique : est indépendant qui s’oppose aux grands groupes, un organisme qui n’est pas lié à un groupe d’édition très grand. Ceci étant, la question de groupe est complexe et évolutive : Actes Sud par exemple, huitième éditeur français, a absorbé plusieurs structures. Est-ce un groupe ? Les fondateurs refusent le terme.
  • Le deuxième critère porte sur la dimension artistique et intellectuelle : une volonté de proposer des contenus originaux et de prendre des risques éditoriaux. L’idée sous-jacente est que cette prise de risques éditoriale offre des ouvrages de l’édition indépendante sont plus originaux que ceux édités par les grands groupes. Mais il y a aussi des très bons livres édités par de gros groupes et vice-versa.
  • Le troisième critère relève d’une dimension politique, qui se traduit par une volonté de proposer des contenus originaux et de prendre des risques éditoriaux.

Le contexte général est défavorable, compte tenu du fait que le recul de la lecture est inquiétant et que les premières victimes sont les auteurs eux-mêmes. Il ne suffit pas qu’un livre soit publié pour qu’il existe. Il y a des centaines de milliers de références, vers quel livre se tourner ? Les livres ne partent pas égaux dans cette course où la diversité offerte est très grande et la diversité consommée beaucoup plus petite. Cette situation rend d’autant plus importante les activités de la médiation et des bibliothèques, enjeu démocratique crucial.

Ecosystème du livre : pistes pour renforcer des partenariats

La journée d’étude conduit au constat que la diversité éditoriale n’est pas assurée. Nous pouvons dès lors nous interroger sur le rôle des bibliothèques, et comment nous pouvons valoriser ce dernier.

Partenaires bibliothécaires

Geoffroy Pelletier, directeur de la Sofia — organisme de gestion collective dédié au droit de prêt et pilier de l’écosystème du livre — a partagé des données chiffrées essentielles pour comprendre la diffusion des ouvrages issus des maisons d’édition indépendantes, montrant notamment un soutien marqué de la part des structures publiques. Si la « diversité offerte » sur le marché est immense, avec plus de 30 000 nouveautés par an, la réalité des flux se concentre sur un segment plus resserré. Toutefois, les bibliothèques jouent un rôle moteur : la part des éditeurs indépendants y représente 14,4 % des acquisitions globales. Ce chiffre, stable avec une légère progression régulière entre 2020 et 2023, est notablement supérieur à leur part de marché en librairie. L’analyse par type d’établissement révèle des disparités instructives :

  • Les bibliothèques départementales (BDP) : elles s’affirment comme les premiers soutiens de l’édition indépendante, avec un taux d’achat supérieur à la moyenne des autres réseaux
  • Les bibliothèques universitaires (BU) : elles affichent un soutien très marqué, particulièrement en Île-de-France
  • Les centres de documentation et d’information dans les établissements d’enseignement secondaires (CDI) : ils présentent un taux d’acquisition inférieur à la moyenne nationale.

Le recensement mené par la Sofia identifie 1 155 éditeurs indépendants en France métropolitaine ayant vendu au moins un titre en bibliothèque, sur un total estimé à environ 10 000 structures éditoriales. Ce travail de définition reste complexe, notamment pour distinguer les éditeurs publics ou spécialisés. Géographiquement, l’engagement des territoires est constant, le taux d’achat ne descendant jamais sous la barre des 13 % ; la Bretagne se distingue particulièrement, détenant le record national des achats d’ouvrages issus de ses propres éditeurs régionaux ainsi que des petits et moyens éditeurs.

Partenaires libraires

Pour Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la Librairie Française (SLF), la librairie est également investie d’une mission d’intérêt général. L’actualité est marquée par l’interdiction, au titre d’une loi de 1949, d’un livre de coloriage diffusé par la librairie Violette & Co, bien que l’ouvrage ne semble comporter aucun élément justifiant une telle mesure. Cet événement rappelle notre responsabilité commune : la défense de la liberté d’expression et du débat public.

Les librairies indépendantes jouent un rôle crucial dans le maillage des territoires et en matière d’emploi. Par exemple, chez Sabine Wespieser, 80 % du chiffre d’affaires se fait en librairie indépendante. Cette présence territoriale s’accompagne d’une prise de risque sur l’assortiment, particulièrement lorsque la librairie travaille en synergie avec une bibliothèque pour valoriser certains fonds.

Le poids économique de ces partenariats est significatif, représentant environ 14 % des ventes, avec une part plus élevée pour les grandes structures. Alors que le marché du livre connaît une légère baisse (-0,5 %), les ventes en bibliothèque progressent (+3 %), contribuant ainsi à l’équilibre du secteur.

Toutefois, plusieurs difficultés persistent :

  • Rentabilité : l’application de la loi sur le droit de prêt réduit la marge du libraire à 20 % pour les ventes en bibliothèque, contre 35 % habituellement, ce qui fragilise la rentabilité
  • Conditions de travail, du fait que le métier fait face à des salaires faibles et à un risque de déqualification : une bonne compréhension par les bibliothécaires du temps de travail des libraires (notamment la gestion des offices) est essentielle
  • Coûts logistiques, dans la mesure où les ouvrages auto-distribués ou mal diffusés engendrent des surcoûts pour le libraire : il est envisageable de répercuter ces frais spécifiques dans le cadre des marchés publics pour préserver l’équilibre financier des structures.

Partenaires éditeurs

Dominique Tourte, éditeur et référent projet, a représenté la Fédération des éditions indépendantes (FEDEI) et sa mission fondamentale de défendre les intérêts matériels et moraux des maisons d’édition indépendantes, tout en favorisant les échanges professionnels au sein de la filière. La réflexion engagée avec les bibliothèques s’inscrit dans l’histoire même de la FEDEI. Née en 2021, en pleine pandémie de COVID-19, la fédération a vu le jour pour pallier un manque de visibilité flagrant : à cette période, la voix des éditeurs était peu entendue dans le débat public et auprès des institutions. Ce contexte de crise a révélé un besoin impérieux de se fédérer à l’échelle nationale. L’objectif de la création de la FEDEI était de structurer une force collective sur l’ensemble du territoire français pour mieux porter les enjeux de l’édition indépendante, notamment dans ses interactions avec les acteurs du livre que sont les bibliothèques.

Partenaires dans l’inter-filière

En 2023, Soizic Cadio (en poste à la Bibliothèque publique d’information) a consacré son mémoire de conservatrice à la question du lien entre les bibliothèques et l’édition indépendante. Pour objectiver ce lien, elle a conduit une démarche d’entretiens avec des libraires, bibliothécaires et éditeurs indépendants elle a mis en valeur un système de valeur commun. Loin d’être purement théorique, cette relation repose sur une complémentarité territoriale forte. Si la librairie de quartier est le partenaire naturel, la bibliothèque, elle, dispose d’une liberté singulière : celle de prendre des risques. En s’affranchissant des contraintes de rentabilité immédiate, elle devient un sanctuaire pour la bibliodiversité.

Investir l’inter-filière

Rôle de la Fédération interrégionale du livre et de la lecture

Delphine Henry, Déléguée générale de la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (Fill) a présenté sa structure comme étant au service des structures régionales du livre. Les missions principales de la Fill consistent à informer les acteurs de la filière, structurer leurs activités et assurer une visibilité territoriale à travers l’observation du secteur et la production de ressources dédiées. Delphine Henry a rappelé que dans toutes les régions et territoires de France, des éditrices et des éditeurs indépendants font vivre le livre dans sa richesse et sa diversité.

Les structures régionales pour le livre et les conseils régionaux membres de la Fill soutiennent et accompagnent toutes les maisons d’édition en région, aux côtés des associations professionnelles. Parmi les exemples d’interventions et d’événements soutenus par la Fill, citons : le Salon du livre métropolitain (Aix-Marseille-Provence), l’opération « Partir en livre » à Saint-Denis (La Réunion), l’organisation de rencontres entre éditeurs et libraires ; la promotion active de l’édition indépendante en région.

Pour Delphine Henry, les éditeurs indépendants sont les garants de la diversité éditoriale sur l’ensemble du territoire. La Fill et les conseils régionaux, en lien avec les associations professionnelles, soutiennent ces structures via des dispositifs cofinancés par les DRAC et les régions. L’enjeu majeur repose aujourd’hui sur l’interconnaissance et la mise à disposition d’outils mutualisés tels que des annuaires, des newsletters et des répertoires thématiques. L’édition indépendante faisant face à un déficit d’image, il apparaît nécessaire de renouveler les outils d’accompagnement pour les adapter aux évolutions des pratiques métiers, tout en préservant des temps dédiés à la découverte.

Placée sous le signe de la « responsabilité », l’intervention de Delphine Henry a souligné avec gravité les risques qui pèsent actuellement sur la filière. À ce titre, Delphine Henry a invité à relayer la tribune et la pétition portées par l’association Relief, notamment à l’occasion de la Nuit de la lecture, dans un objectif de maintenir l’effort en faveur des politiques publiques et de sensibiliser les lecteurs à la richesse de la diversité des récits.

L’association L’Ecologie pour le livre

Nous avons consacré plusieurs articles, sur le blog Bibliothèques Vertes ABF, aux travaux de l’association pour l’écologie du livre, qui invite à repenser globalement la filière du livre en s’appuyant sur l’œuvre de Félix Guattari, Les Trois Écologies (1989), pour montrer que l’avenir du livre ne se joue pas seulement dans les forêts, mais aussi dans nos structures sociales et nos imaginaires. De la matérialité de l’objet aux conditions socio-économiques des acteurs, l’association — forte de ses 300 adhérents — se définit comme une véritable « fabrique » de réflexion, produisant des contenus qui lient l’agilité du terrain à la rigueur académique.

L’intervention a porté plus précisément sur le « Cherche et trouve de l’édition française », support ludique qui cartographie le paysage éditorial actuel : d’un côté, quatre bâtiments massifs symbolisant les grands groupes dominants ; de l’autre, un fourmillant « petit village » représentant les éditeurs indépendants. Cet outil de communication souligne l’écart abyssal entre les acteurs et interroge nos habitudes d’achat. En mettant en lumière des initiatives comme celle de L’Escampette Éditions, adepte de la « slow nouveauté » contre la pratique du pilon, l’association a rappelé que la bibliodiversité est le corollaire indispensable de la biodiversité, et qu’il est possible d’ériger des « digues » pour protéger le pluralisme.

Le Cherche et Trouve de l’édition (surtout) française – Association pour l’écologie du livre

L’artiste et la bibliothèque

Donnons enfin la parole à une autrice, créatrice. Au-delà du simple prêt de livres, la bibliothèque s’affirme aujourd’hui comme un véritable soutien à la création contemporaine. Le témoignage de la photographe et plasticienne Claire Dé a montré comment les médiathèques deviennent des espaces de liberté, loin des pressions commerciales.

« Le cadre de la bibliothèque est une aide à la création qui pousse à se dépasser »

Pour Claire Dé, la bibliothèque n’est pas qu’un lieu de diffusion : c’est son principal terrain d’action. Claire Dé estime que 80 % de son activité se déploie dans les médiathèques, devant le théâtre ou les associations. Cette relation repose sur une interdépendance vertueuse :

  • Les bibliothèques comme lieux de liberté de création où le livre constitue un point d’appui : si l’objet livre est central, il sert de base à un univers plus large formé de projets (jeux, installations, projets plastiques) qui assurent aussi une vie longue aux ouvrages, faisant l’objet de plusieurs tirages au fil des années.
  • L’invitation en résidence de création est le point d’orgue de cette collaboration : c’est un espace de « fragilité » et de confiance qui repose souvent sur l’engagement de professionnels passionnés. Qu’il s’agisse de projets en zone rurale ou urbaine, ces résidences permettent de créer un lien social fort (réunions, présentations de projets, remises de portraits) qui nourrit directement l’œuvre finale.
  • Le soutien à la création vient aussi des bibliothèques départementales (BDP), comme en Seine-et-Marne : pour présenter l’ensemble de ses ouvrages, l’autrice a dû concevoir un module spécifique, l’obligeant à collaborer avec des artisans et à réinventer sa scénographie. Même dans les petites structures dépourvues de salles d’exposition, l’ingéniosité des bibliothécaires permet de « dégager de l’espace » pour faire entrer l’art au cœur des rayonnages. Cette volonté de rendre l’art accessible rappelle des initiatives historiques, comme l’exposition « Ouvre les yeux ! » créée à Blois ou les installations « Viens faire ton Arti Show ».

Expériences de terrain : pour traduire les réflexions en actes

Plusieurs expériences de terrain ont enfin été partagées, à l’occasion de cette journée d’étude, pour traduire ces réflexions en actes :

Du côté des collections en bibliothèques

Retenons principalement deux retours sur les collections :

  • Créer des fonds dédiés : la bibliothèque Hélène Berr (Ville de Paris) a mis en place par exemple « Les Inattendus », un fonds valorisant spécifiquement les éditeurs indépendants. Ce fonds s’est constitué progressivement, avec une attention particulière portée aux œuvres graphiques. Afin de susciter la curiosité des usagers, l’espace a été installé au rez-de-chaussée et intègre de nouvelles cotes originales, telles que « Ornithologie de la neige ». Cette démarche s’inscrit dans la continuité de l’expérience menée à la bibliothèque Václav Havel, qui avait permis de mettre en lumière le travail éditorial indépendant de manière significative. L’objectif reste de laisser une place centrale à la sérendipité et à l’exploration pour les lecteurs.
  • Identifier finement les éditeurs : le projet « Who ISBN », application développée par un groupe de travail dans les bibliothèques de Montreuil, permet de scanner l’ISBN d’un livre pour identifier son groupe éditorial d’appartenance. Actuellement en phase d’expérimentation, ce projet est né de plusieurs constats : un mouvement de concentration éditoriale à visée idéologique ; des interpellations croissantes de la part des lecteurs sur la présence ou l’absence de tel ouvrage dans les rayonnages, dans un contexte de crispations sociales ; la difficulté actuelle à quantifier précisément la proportion de titres issus de l’édition indépendante dans les fonds des bibliothèques. Le groupe de travail (composé de personnels bibliothécaires en secteurs adulte et jeunesse) a, en s’appuyant notamment sur un état statistique complet réuni auprès de la Sofia, travailler à analyser et quantifier l’impact de la concentration éditoriale, définir une politique d’acquisition claire et formalisée, dépasser le prorata national en matière d’achat d’éditions indépendantes.

Du côté des actions culturelles en bibliothèques

Retenons principalement deux retours sur les actions culturelles en bibliothèques :

  • Animer la vie littéraire : l’association Bibliothèques en Seine-Saint-Denis est venue présenter le festival Hors limites, qui se déroulera du 27 mars au 11 avril 2026. Cette manifestation, coordonnée par cette association membre du réseau Relief, promeut une « littérature vivante » en invitant des auteurs hors des circuits commerciaux traditionnels. Bien que cela ne figurait pas dans le projet initial, l’édition indépendante occupe désormais une place centrale dans la programmation. Animé au quotidien par un conseil d’administration et un bureau en dialogue constant avec les bibliothécaires, Hors limites constitue un groupe de mutualisation et d’échange de pratiques professionnelles : une opportunité, pour les équipes, d’expérimenter et d’inviter des auteurs et autrices qu’elles n’auraient pas l’occasion d’accueillir en dehors de ce cadre.
  • Proposer des ateliers de création indépendante : nous avons pu rencontrer lors du forum de l’après-midi différents acteurs de la bibliodiversité, dont le Fanzinarium qui proposait un atelier de fabrication de fanzine.


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Toutes les interventions au programme de cette journée ont mis en évidence le rôle important des bibliothèques pour faire vivre la bibliodiversité, mais aussi soutenir et valoriser l’ensemble de la chaîne du livre, de l’auteur au lecteur en passant par les éditeurs et libraires. Au-delà, cette journée rappelle, c’est essentiel, que la bibliothèque, en tant que service public, reste la garante du pluralisme des idées et de la formation de lecteurs citoyens.

Pour trouver d’autres informations sur cette journée, nous vous donnons rendez-vous sur :

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